Carpenter Brut / Trilogy

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Un monde sombre et violent teinté d’occultisme et d’érotisme à la sauce eighties, voilà comment on pourrait résumer l’univers de Carpenter Brut. L’album Trilogy, sorti l’année dernière chez Neuropa Records, regroupe ses trois premiers EP (sobrement intitulés I, II et III). Pour ceux qui auraient raté le coche, l’album a été réédité il y a peu. L’occasion de revenir sur son travail.
Carpenter Brut, Frank Hueso de son vrai nom, est un obscur producteur de musique électronique français. Suite au succès des jeux Hotline Miami (trois de ses titres : Le Perv, Roller Mobster et Escape From Midwich Valley apparaissent sur la B.O. d’Hotline Miami 2 : Wrong Number), Carpenter Brut bénéficie aujourd’hui d’une certaine notoriété. Et sincèrement, quand on voit la qualité de ces trois EP, c’est amplement mérité. Sorti à l’origine dans un joli digipack 3CD en avril 2015 chez Neuropa Records, l’album Trilogy, qui regroupe les trois premiers EP de Carpenter Brut, fut ensuite pressé sous la forme d’un somptueux triple LP (introuvable aujourd’hui) en mai de la même année. Le 30 décembre dernier, une seconde édition de la version CD était annoncée. Parmi les nombreuses influences de Carpenter Brut, on trouve bien sûr en premier lieu l’immense John Carpenter à qui il emprunte le nom (« Brut » reflétant quant à lui ce son brutal et saturé). Réalisateur (et compositeur sur la majorité de ses films) culte, celui-ci est à l’origine de grands classiques de l’horreur et de science-fiction de la fin des années 70 et des années 80 tels qu’Halloween (1978), New York 1997 (1981), The Thing (1982, un des rares films dont la B.O. n’est pas signée John Carpenter, mais Ennio Morricone), Christine (1983) ou encore Invasion Los Angeles (1988). Carpenter Brut puise aussi largement son inspiration dans les séries B et dans le cinéma bis italien à l’image des films de Lucio Fulci (Zombi 2 par exemple, fausse suite du classique de George Romero) et de Dario Argento (Suspiria, Phenomena). Il suffit de voir les clips réalisés à l’occasion de la sortie de chaque EP pour s’en convaincre. La musique de Carpenter Brut est particulière, immédiatement reconnaissable. A mi-chemin entre l’électro et la synthwave, sa musique est aussi largement influencée par les sonorités disco, les années 80 et la musique metal. La magnifique pochette, réalisée par Førtifem Design, donne le ton de l’album avec son esthétique teintée d’occultisme et d’érotisme. A l’intérieur, un dessin noir et blanc sous forme de triptyque reprend les pochettes originales des trois opus.

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EP I

Chaque album se présente sous la forme d’une B.O. Le premier EP (sorti en 2012) est clairement orienté film d’horreur. Le titre qui ouvre l’album, Escape From Midwich Valley, repris dans le trailer d’Hotline Miami 2 : Wrong Number, est une superbe composition qui pose les bases du son de Carpenter Brut. Après une lente mise en condition, le titre devient peu à peu de plus en plus sombre avant de terminer sur un final explosif ! Un clip très réussi sous forme de court-métrage (inspiré par The Shadow Over Innsmouth, une nouvelle horrifique d’H.P. Lovecraft connue chez nous sous le nom Le Cauchemar d’Innsmouth) a été réalisé il y a peu par PH Debiès, on peut le voir ici. Disco Zombi Italia est un morceau plus dansant avec une rythmique énergique et des mélodies résolument rétro, aux forts accents disco. On retrouve également cette énergie et ces nappes de synthés typiquement eighties sur L.A. Venice Bitch 80’s. On repart sur un style plus sombre et violent avec Wake Up The President, un titre puissant au son bien saturé, suivi du très bon 347 Midnight Demons. Vient enfin l’excellentissime Le Perv (qu’on retrouve dans la B.O. d’Hotline Miami 2 : Wrong Number), qui détruit tout sur son passage avec ce son brut et violent. Le clip officiel (réalisé par Silver Strain) pour ce titre utilise des images du film Murder Rock de Lucio Fulci (1984).

EP II

Sorti un an plus tard, en 2013, le deuxième EP s’inspire, pour sa part, plus du cinéma d’action/policier. L’album démarre sur les chapeaux de roue avec l’excellent Roller Mobster, un titre sombre et ultra-énergique qui apparaît également dans la B.O. d’Hotline Miami 2 : Wrong Number, sur l’excellente mission « Death Wish »). Cette tuerie enchaîne directement avec un autre excellent titre survolté inspiré par les films d’action des années 80 : Meet Matt Stryker. Place à un peu de calme avec Obituary, un morceau plus posé mais tout aussi travaillé et réussi, sur lequel se posent des voix synthétiques bien rétro. Il existe un clip non-officiel signé Silver Strain pour ce morceau (visible ici). C’est un hommage à Takashi Ishii (auteur de manga, puis réalisateur de films érotiques). La deuxième face revient sur une ambiance plus sombre avec le superbe Looking For Tracy Tzu. Cet excellent morceau est d’ailleurs repris pour le trailer officiel de cet EP (un clip cette fois réalisé par les Deka Brothers, avec la présence de la sculpturale Rashontae Wawrzyniak, top model américaine, Miss Michigan 2015). Vient ensuite le très remuant Sexkiller On The Loose, véritable débauche de synthés et de guitares vintage. Il existe un excellent clip non-officiel pour ce titre ici. Cette autre bande son imaginaire s’achève (hélas trop vite) avec Hang’Em All, une parfaite conclusion en deux parties.

EP III

Le troisième EP (sorti en 2015) s’inscrit quant à lui dans la thématique zombie/fin du monde. Premier titre de l’album, Division Ruine (qui est repris dans le premier trailer officiel de l’album, signé Silver Strain) met tout de suite dans l’ambiance avec ce son, puissant et brut, caractéristique de l’artiste. Le morceau Paradise Warfare offre un peu de calme avec sa rythmique plus posée et son saxophone vintage, avant de nettement s’accélérer en deuxième partie, plongeant dans un univers plus sombre. Arrive ensuite le très bon Run, Sally, Run ! (repris dans le second trailer officiel de l’album, toujours de Silver Strain), un morceau frénétique aux forts accents disco (notamment dans ses mélodies synthés), plus sombre et électrique dans sa deuxième partie. En face B, on a tout d’abord droit à Turbo Killer, un morceau puissant à la rythmique survitaminée. Puis vient l’étonnant Anarchy Road, sur lequel apparaît le chanteur Jim (Trumps / Filago), un featuring surprenant mais qui colle finalement très bien au morceau. Au passage, il existe aussi un clip réalisé par les Deka Brothers (visible ici). Une bonne surprise donc, avant de terminer sur l’excellent Invasion A.D. Ce titre boucle la trilogie, et on sent d’ailleurs un parallèle avec le premier morceau (Escape From Midwich Valley) dans sa construction, et son final apocalyptique.

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Quelques autres illustrations de Førtifem Design. De gauche à droite, une affiche fictive pour
Escape From Midwich Valley, la Vierge Noire, et Carpenter Brut On The Loose.

Brutal Deluxe

On ne va pas tourner autour du pot, ce Trilogy est une vraie claque, et les trois EP sous forme de B.O. thématiques sont tous très bons, chacun dans leur style. Le son de Carpenter Brut est atypique, à la fois très moderne et profondément rétro dans ses inspirations, il dépeint à la perfection un univers sombre et brutal terriblement old-school. Parmi ces dix-huit compositions, rien n’est à jeter. Ce Trilogy est un indispensable que l’on peut d’ores et déjà ranger parmi les chefs d’œuvre du genre.

Liens : La page Bandcamp de Carpenter Brut / La page Soundcloud de Carpenter Brut / Le site Neuropa Records / Une interview de Carpenter Brut sur GamerSide / Une interview de Carpenter Brut sur BeGeek / Le site Førtifem Design / Le site officiel des Deka Brothers

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