Discographie Adrian Younge

bandeau-discographie-adrian-younge
Depuis maintenant plus de quinze ans, Adrian Younge ne cesse de surprendre par sa créativité et son authenticité à chacune de ses nouvelles sorties. De la soul vintage à la bande originale de film, en passant par le hip hop, le californien a sorti de nombreuses pépites dont certaines sont déjà considérées comme des classiques. Retour sur la discographie de ce nouveau génie de la soul.
Producteur, compositeur, multi-instrumentiste, le californien Adrian Younge a plus d’une corde à son arc. Accompagnant régulièrement le Wu-Tang Clan depuis 2015 en tant que chef d’orchestre, il est également à la tête du label Linear Labs qu’il a fondé en 2014 et possède un salon de coiffure à Los Angeles qui fait aussi office de disquaire. Adrian Younge est un véritable touche-à-tout et un expérimentateur de génie. Ne jurant que par l’analogique et se nourrissant du meilleur de la soul produite (selon lui) de 1968 à 1973, Adrian Younge est un esthète qui tente de fait revivre le son de cette période, entre soul vintage et rock psychédélique, tout en y ajoutant une touche bien moderne à travers ses compositions. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est vraiment réussi ! Adrian Younge est aussi depuis ses débuts largement influencé par le cinéma européen, notamment le cinéma italien, des années 1960 principalement. C’est en effet un grand amateur du travail d’Ennio Morricone, et cela se ressent beaucoup sur son premier EP Venice Dawn (2000) et plus tard sur la bande originale du film imaginaire Something About April (2011) ainsi que sa suite (2016).

L’album Venice Dawn restant plutôt confidentiel, il faut attendre 2009 et la superbe bande originale du film Black Dynamite de Scott Sanders pour voir la carrière de l’artiste décoller. Cet hommage aux films de Blaxploitation et à leurs bandes son mémorables connaît un réel succès chez les amateurs du genre. Avec trois premiers albums qui sont des bandes originales, on voit déjà l’intérêt qu’il porte au genre ! Mais il ne se contente pas de réaliser des B.O. et en 2013, il ressuscite les Delfonics, un groupe mythique de Philadelphie auteur du classique La La Means I Love You, en invitant William Hart, chanteur et fondateur du groupe, le temps d’un album encore une fois très réussi.

photo-adrian-younge-et-sa-formation-venice-dawn
Adrian Younge et sa formation Venice Dawn.

Ses productions ne passent pas inaperçues au sein de la scène hip hop et en 2012, Adrian Younge est contacté par RZA du Wu-Tang Clan, ouvrant ainsi une petite parenthèse de productions hip hop, en gardant toujours ce goût prononcé pour l’écriture et les compositions originales. Il produit l’album Twelve Reasons To Die pour Ghostface Killah (un autre membre du Wu-Tang Clan) en 2013 et réitère en 2015 avec une suite tout simplement intitulée Twelve Reasons To Die II. Il enregistre aussi There Is Only Now en 2014 avec The Souls Of Mischief, et c’est à ce moment qu’il crée son label Linear Labs. Certains rappeurs commencent à sampler ses morceaux comme Jay-Z sur Picasso Baby ou Heaven de l’album Magna Carta Holy Grail ou encore le duo PRhyme sur leur « debut album ».

En 2015, il produit également l’album In Another Life de Bilal, un chanteur de Philadelphie que l’on retrouvera sur Something About April II l’année suivante. L’album est plus orienté neo soul avec une ambiance jazzy sur de nombreux titres et aussi une forte influence hip hop sur certaines rythmiques. L’ensemble est réussi et Adrian Younge confirme ce retour à la soul l’année suivante avec la suite tant attendue du Something About April de 2011. Ce Something About April II (chroniqué ici) est un autre indispensable, réussissant à égaler le premier opus.

Un peu plus tard, il surprend de nouveau tout le monde en annonçant The Electronic Void : Black Noise, un projet original lorgnant du côté de l’électro minimaliste de l’ambient, laissant néanmoins apparaître la patte caractéristique du californien. Enfin, après avoir signé en 2009 la B.O. de Black Dynamite, Adrian Younge revient en 2016 avec la bande originale de la série Luke Cage, qu’il signe en collaboration avec le rappeur et producteur Ali Shaheed Muhammad, quittant la Blaxploitation pour l’univers Marvel, dans une ambiance mixant allégrement soul, jazz et hip hop.

Les racines

Venice Dawn EP (2000 / College Records)

Cet album paru en 2000 et pressé par Erika Records est le premier coup d’essai du californien. On retrouve déjà les ingrédients qui feront le succès des Something About April quelques années plus tard. Entre soul à l’ancienne et rock psychédélique, ce premier album comprend 14 instrumentaux dont l’explosif 1969 Organ et prend déjà la forme d’une bande originale d’un film sorti tout droit de l’imagination d’Adrian Younge. On sent déjà le goût prononcé du producteur, compositeur et multi-instrumentiste (c’est lui qui joue tous les instruments tout au long de l’album) pour le cinéma européen des années 1960 et 1970, et plus particulièrement pour le cinéma italien (d’où le nom « Venice Dawn ») et l’influence majeure du compositeur Ennio Morricone.

Les débuts sur Wax Poetics Records

Black Dynamite OST (2009 / Wax Poetics Records)

pochette-adrian-younge-black-dynamite-ost
C’est en 2009 que commence véritablement la carrière d’Adrian Younge avec la bande son de Black Dynamite, un film hommage au cinéma Blaxploitation des années 1970 qu’il signe et encore une fois, on le retrouve derrière chaque instrument comme pour l’EP Venice Dawn. S’inspirant de classiques du genre comme Shaft de Gordon Parks (1971) et sa bande son légendaire signée Isaac Hayes, Coffy (1973) ou Foxy Brown (1974) de Jack Hill et leurs B.O. respectives signées Roy Ayers et Willie Hutch, Across 110th Street de Barry Shear (1972) et sa B.O. de Bobby Womack ou encore Super Fly de Gordon Parks (1972) dont la bande son est signée par Curtis Mayfield, un des artistes soul favoris d’Adrian Younge. Black Dynamite est édité sur le label Wax Poetic Records pour qui il va signer deux autres excellents albums dans la foulée.

Adrian Younge presents Venice Dawn : Something About April (2011 / Wax Poetics Records)

pochette-adrian-younge-presents-something-about-april-performed-by-venice-dawn
Le 6 décembre 2011 arrive alors Something About April, un album thématique qui va véritablement lancer la carrière d’Adrian Younge. Le californien revient à ses racines avec cette bande originale d’un film imaginaire racontant l’histoire d’amour et d’adultère d’un couple mixte (un homme noir marié et une jeune femme blanche). Tout comme pour Venice Dawn, dont il reprend d’ailleurs le nom pour sa formation, l’album s’inspire de la soul vintage et psychédélique mais aussi beaucoup du cinéma italien des années 1960, et cela s’entend sur de nombreux titre tels que Reverie, First Step On The Moon, Dusts Of Gold ou Mourning Melodies In Rhapsody. Something About April fait évidemment la part belle à la soul vintage avec de très bons morceaux comme Turn Down The Sound, It’s Me ou encore Lovely Lady. L’album est franchement réussi et déjà considéré comme un classique.

Adrian Younge presents The Delfonics (2013 / Wax Poetics Records)

pochette-adrian-younge-presents-the-delfonics
Pour l’album suivant, paru en février 2013, Adrian Younge décide de faire appel à une légende de la soul de Philadelphie en la personne de William Hart, membre original des Delfonics. On le retrouve à l’écriture et sur la majorité des leads, épaulé par Loren Oden ou Saudia Mills. Cette soul classieuse et raffinée s’inspire allégrement du son de Philadelphie, avec ces violons, ces cuivres mais aussi ces clavecins et sitars électriques d’Adrian Younge. Les compositions sont bien écrites, les arrangements très réussis, et le falsetto de William Hart toujours intact. Cet album authentique nous transporte au cœur des années 1960 et 1970 pour un voyage musical de qualité et contient de très bons morceaux tels que le magnifique Stop And Look (And You Have Found Love), le sombre Enemies, Just Love et ses chœurs envoûtants ou encore le très réussi Lover’s Melody.

La période hip hop et la création de Linear Labs

Adrian Younge presents Twelve Reasons To Die starring Ghostface Killah (2013 / Soul Temple Entertainment)

pochette-adrian-younge-presents-ghostface-killah-twelve-reasons-to-die
Première rencontre entre Adrian Younge et le membre du Wu-Tang Clan Ghostface Killah, ce Twelve Reasons To Die est aussi la première incursion du californien dans le monde du rap. L’album raconte l’histoire de Tony Starks, homme de main de la famille mafieuse DeLuca, qui sera assassiné après avoir approché de trop près la fille d’un des grands pontes de la famille. Le disque est accompagné d’un comics éponyme. Comme à son habitude, Adrian Younge enregistre ce Twelve Reasons To Die entièrement en analogique et y joue la plupart des instruments. L’album contient d’excellents titres comme Rise Of The Black Suits, Enemies All Around Me (sur lequel on retrouve William Hart des Delfonics) ou encore The Sure Shot, mais tout l’album est au niveau, et rien n’est à jeter. A noter aussi la présence d’autres membres du Wu-Tang Clan en featuring comme Masta Killah, Inspectah Deck, U-God et Cappadonna.

Adrian Younge presents Souls Of Mischief – There Is Only Now (2014 / Linear Labs)

pochette-adrian-younge-presents-souls-of-mischief-there-is-only-now
L’album There Is Only Now des Souls Of Mischief est le premier disque à sortir sur le label d’Adrian Younge, Linear Labs. Groupe de hip hop originaire d’Oakland, sur la Côte Ouest des Etats-Unis, les Souls Of Mischief ont débuté en 1993 avec le « debut album » 93 ‘Til Infinity. Comparé à De La Soul ou A Tribe Called Quest, le groupe est composé des rappeurs A-Plus, Opio, Phesto et Tajai. Au niveau des compositions, on retrouve comme toujours le son chaleureux et authentique caractéristique du californien. There Is Only Now est un excellent album parsemé d’interludes façon « émission de radio » (subtilement baptisée K-NOW) qui contient de très bons morceaux, parmi lesquels on peut citer Panic Struck et son instrumental juste magique, l’excellent All You Got Is Your Word ou encore le titre phare, There Is Only Now en featuring avec Snoop Dogg.

Adrian Younge presents Twelve Reasons To Die II starring Ghostface Killah (2015 / Linear Labs)

pochette-adrian-younge-presents-ghostface-killah-twelve-reasons-to-die-ii
Adrian Younge et Ghostface Killah se retrouvent donc en 2015 pour Twelve Reasons To Die II, sur lequel Tony Starks, l’alter-ego de Ghostface Killah, traque sans relâche les membres de la famille DeLuca responsables de sa mort. Cette fois, on quitte le style comics pour adopter une vision plus cinématographique. Au niveau des participations, l’album laisse une bonne place à Raekwon (qui incarne ici Lester Kane et qui apparaît sur 5 titres) et RZA (membres du Wu-Tang Clan) et on retrouve aussi le chanteur Bilal pour qui Adrian Younge a produit In Another Life en juin 2015. RZA est toujours à la production et on le retrouve dans les interludes qui racontent l’histoire à la façon d’une sombre comédie musicale. L’album contient des bombes comme le fameux King Of New York ou le terrible Return Of The Savage d’ouverture.

Le retour à la soul

Bilal – In Another Life (2015 / BBE Records)

pochette-bilal-in-another-life
Sorti sur le label BBE Records en 2015, In Another Life est le 5ème album de Bilal, un chanteur neo soul originaire de Philadelphie. L’album est entièrement produit par Adrian Younge, et le mélange vintage/expérimental fonctionne encore une fois à merveille. L’album contient d’excellents titres comme Satellites ou le Sirens II d’ouverture qui reprend l’instrumental Sirens issu de Something About April. Les featurings sont très bons avec Kendrick Lamar sur le titre Money Over Love, Big K.R.I.T. sur Pleasure Toy dont l’intro rappelle un peu le Sexual Healing de Marvin Gaye et également la chanteuse Kimbra sur le morceau Holding It Back. In Another Life est sans conteste l’un des meilleurs albums qu’ait sorti Bilal à ce jour. La magnifique pochette est une peinture intitulée Gods Orchestra et signée Angelbert Metoyer.

Something About April II (2016 / Linear Labs)


pochette-adrian-younge-presents-something-about-april-ii-performed-by-venice-dawn pochette-adrian-younge-presents-something-about-april-ii-instrumentals
Cet excellent album, faisant suite au Something About April de 2011, est chroniqué ici. Something About April II est sorti le 22 janvier 2016. Les versions instrumentales sont arrivées en vinyle un peu plus tard, le 6 mai 2016, sous le nom « Quelque chose à propos d’Avril II ».

La parenthèse électro

The Electronic Void : Black Noise Jack Waterson (2016 / Linear Labs)

pochette-adrian-younge-presents-the-electronique-void-black-noise
Artiste aux multiples facettes, Adrian Younge publie le 23 septembre 2016 The Electronique Void : Black Noise sur son label Linear Labs. S’inspirant cette fois de pionniers de la musique électronique comme Dick Hyman et Wendy Carlos pour leurs expérimentations sur le synthétiseur modulaire Moog ou encore Raymond Scott et son clavivox, cet album conceptuel est la première incursion du californien dans le genre. Entre ambient et électro minimaliste, ce projet original et novateur fait appel à Jack Waterson (le guitariste de la formation Venice Dawn) en tant que narrateur. La patte du californien est toujours bien présente, et l’album est entièrement enregistré avec des instruments électroniques et des boîtes à rythme d’époque. The Electronique Void : Black Noise est une autre excellente surprise d’Adrian Younge et reste à ce jour son projet le plus atypique.

La B.O. de Luke Cage

Luke Cage Original Soundtrack Album with Ali Shaheed Muhammad (2016 / Mondo)
pochette-adrian-younge-and-ali-shaheed-muhammad-luke-cage-ost
Dernier projet en date pour Adrian Younge, la bande originale de la série Luke Cage (studios Marvel), réalisée en collaboration avec le rappeur et producteur américain Ali Shaheed Muhammad (ancien membre du groupe A Tribe Called Quest), baigne dans une soul jazzy aux accents hip hop, un son vintage et moderne à la fois. L’influence du cinéma italien et principalement des musiques d’Ennio Morricone, marque de fabrique du californien depuis ses débuts, est toujours bien présente. Une fois de plus, il s’agit d’une B.O., un genre dont Adrian Younge ne semble pas vouloir se défaire et qu’il continue d’explorer avec talent. A noter qu’on retrouve un featuring avec Method Man, un autre membre du Wu-Tang Clan, sur le morceau Bulletproof Love. La bande originale de la première saison de Luke Cage est sortie le 7 octobre 2016 en digital et au format vinyle sur le label Mondo.

Article lié : Chronique Adrian Younge presents Something About April II
Liens : Le site Linear Labs / La page Bandcamp de Linear Labs / La page Soundcloud de Linear Labs / La page Facebook d’Adrian Younge

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *