Duos : Bill Perkins & Richie Kamuca

Dans les années 50, le jazz de la côte ouest a mis en avant les saxophones et leurs alliages sonores si savants mais tellement agréables. Deux de ces saxophonistes, Bill Perkins et Richie Kamuca, ténors (mais pas seulement), fils et frères de Lester Young, allaient offrir au monde du jazz, quelques-uns des plus beaux duos enregistrés.
Bill Perkins est un de mes ténors préférés, surtout dans sa période Pacific Jazz, un son éthéré, une langueur nonchalante, une sonorité sensuelle, « Perk » a tout bon. Pur californien de San Francisco, après son diplôme d’ingénieur, il intègre les orchestres de Woody Herman où il fait la connaissance de Richie Kamuca, son voisin de pupitre puis entre chez Kenton. Il enregistre avec Bud Shank (en leader) une bien belle séance sur Pacific Jazz. Au dos de ce même disque, on trouve Bud Shank et Shorty Rogers. Richie Kamuca, plus jeune de 4 ans est né à Philadelphie. Mêmes débuts que son compère, il est sensible et pudique avec un son lestérien mais un peu plus « dur » (plus bop) et plus vif que « Perk ».

Nos deux amis vont enregistrer ensemble quelques séances marquantes dans le paysage californien. Bill Perkins, après avoir gravé pour Pacific Jazz deux superbes disques indispensables en février 1956, l’un avec John Lewis (pianiste du Modern Jazz Quartet) intitulé Grand Encounter avec une pochette très West Coast, l’autre en Octet On Stage (très belle pochette aussi) entre en studio pour enregistrer en juillet de la même année un très beau disque  pour Liberty sous le nom de Perkins/Kamuca avec Pete Jolly, Red Mitchell et Stan Levey, son titre : Tenors Head-On. Ecoutez-les recréer le I Want A Little Girl de Lester Young ! Que du plaisir, que du swing nonchalant ! Bill Perkins se paie même le luxe de jouer de la clarinette basse sur Sweet And Lovely, suave délice.

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Je savais que tu n’apprécierais pas les musiciens de la Côte Ouest, Ils sont comme moi, sans pudeur. Ceux qui distillent avec désinvolture l’espèce de douceur mortelle qui m’est le plus intolérable et le plus nécessaire : Art Pepper, Richie Kamuca, Bob Cooper, Jimmy Giuffre, Bob Gordon… Je récite leurs noms comme une incantation, quelquefois. J’essaie de croire qu’ils peuvent me protéger de moi-même.

Alain Gerber (Jeune de cœur / 1984)


Le 29 octobre, cette fois sous le nom de Bill Perkins, paraît un microsillon Pacific Jazz titré Just Friends avec sur une face Bill Perkins et Art Pepper et sur l’autre Bill Perkins et Richie Kamuca, accompagnés par Hampton Hawes (très bon pianiste bop dont je vous reparlerai plus tard), Red Mitchell et Mel Lewis.

Tout est bon, les deux compères s’en donnent à cœur joie et la réussite est au rendez-vous. L’autre face est aussi bonne.

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Toujours en octobre 1956, Perkins et Kamuca se joignent à Al Cohn pour enregistrer un disque longtemps introuvable : The Brothers sur RCA, accompagnés par Hank Jones au piano, Jimmy Raney ou Barry Galbraith à la guitare, John Beal à la basse et Chuck Flores aux drums. Ce disque qui porte bien son titre est superbe du début à la fin. Il a été réédité avec quatre titres supplémentaires jusque-là inédits par Fresh Sound Records, puis par Mosaic Records.

La musique swingue, les interventions de chacun des ténors sont excellentes. Essayez donc de les reconnaître lors de leurs soli !

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La West Coast… Qui s’y aventure s’y repose, et n’en attend rien de plus que ce repos sans engourdissement parmi des ombres et des clartés qu’un vent frais balance dans la tiédeur, dans un espace clos où l’on voit miroiter au loin, par des trouées, la mer.

Jacques Réda (Jazz Magazine / 1995)


Nos deux compères font en parallèle une carrière plus ou moins jalonnée d’enregistrements.

Bill Perkins enregistrera sur RCA The Five avec Conte Candoli où il y a entre autres une belle version très Perkins de Beyond The Sea (La Mer de Trénet). Beaucoup plus tard, en 1966, « Perk » sortira sur Riverside un beau microsillon titré Quietly There avec Larry Bunker, John Pisano, Victor Feldman et Red Mitchell, mais l’âge d’or de la West Coast est terminé. Plus de dix ans s’écouleront avant d’enregistrer à nouveau.

Quant à Kamuca, il signera sur le petit label Mode Records un très très beau disque en quartet avec Carl Perkins, Leroy Vinnegar et Stan Levey (indispensable aussi et réédité par Fresh Sound Records, compilé avec le très swinguant Jazz Erotica d’HiFi Records). On le retrouvera dans les « Men » de Shelly Manne sur les 5 CDs (4 LPs à l’origine) At The Blackhawk et le double LP At The Manne-Hole. Richie Kamuca est toujours très bon, avec ce son un peu charnu mais toujours dans la lignée de Lester Young (tous les disques de Shelly Manne de de cette époque furent enregistrés sur Contemporary). Ces CDs figurent parmi les grands disque du Jazz West Coast et démontrent, s’il le fallait, que les westcoasters swinguaient un max !

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