Irfan / The Eternal Return

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Huit ans après la sortie du chef d’œuvre Seraphim, le groupe bulgare Irfan est enfin de retour pour un nouveau voyage musical empreint de mysticisme et de sacré. Leur dernier album étant déjà tellement proche de la perfection, il était difficile d’imaginer un nouvel opus du même niveau, et pourtant cet Eternal Return est au moins aussi réussi.
Les bulgares d’Irfan ont pris leur temps pour sortir ce troisième album, toujours signé chez Prikosnovénie (un label qui compte aussi Daemonia Nymphe et Caprice parmi ses artistes). L’attente aura été longue mais vu le résultat, on ne va pas leur reprocher. Le nom du groupe est emprunté au soufisme et signifie « gnose », « connaissance secrète » ou encore « révélation », un terme qui colle bien à l’ambiance éthérée, mystique qui se dégage de leur musique. Parmi les grandes influences d’Irfan, on peut citer évidemment Dead Can Dance, mais aussi Vas (Azam Ali) ou encore Hildegarde de Bingen. Leur musique est largement influencée par la musique traditionnelle bulgare, mais pas seulement. On trouve en effet de fortes inspirations venant de Perse, du Moyen-Orient, d’Inde ou encore des Balkans, et on sent également dans une moindre mesure l’influence des musiques médiévales européennes. La musique d’Irfan est profonde et puissante, portée par de sublimes voix féminines (on retrouve ici Denitza Seraphim), souvent accompagnées de la voix grave de Kalin Yordanov, sur un savoureux mélange d’instruments traditionnels et d’arrangements électroniques. Parmi ces instruments, on peut citer le saz et le cumbus (des luths caractéristiques de la musique folklorique turque), le duduk (sorte de hautbois arménien), le ney et le kaval (des flûtes originaires d’Asie centrale et des Balkans), le santour (un instrument de musique iranien proche du piano), et également des instruments plus méconnus comme le psalterion ou l’harmonium. Les percussions ne sont pas en reste avec une grande variété d’instruments tels que la darbouka, le daf, le tombak, le djembé ou encore le bodhran.

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La composition d’Irfan pour cet album. De gauche à droite : Yasen Lazarov, Kalin Yordanov, Denitza Seraphim, Petar Jodorov et Ivaylo Petrov.

Voyage mystique

Eternal Return, qui donne son titre à l’album, est un morceau majestueux, une excellente entrée en matière de dix minutes qui nous invite à prendre part à un voyage mystique et qui nous rappelle que la musique est une histoire de sensations et d’émotions. On se laisse emporter par l’envoûtante voix de Denitza Seraphim et les magnifiques compositions. The Cave Of Swimmers est une chanson inspirée d’une expédition menée par l’explorateur hongrois Laszlo Almasy en 1933. Sur le plateau Gilf Al-Kebir, dans le désert du Sahara, ils découvrirent une grotte (la « Grotte des Nageurs ») qui contenait des centaines de dessins datant du néolithique, certains représentant des personnes en train de nager. Imaginer qu’il y a 10 000 ans, cette vaste étendue de désert était un lieu tempéré avec ses lacs et ses rivières, amena le monde à considérer les changements climatiques de la nature et notre responsabilité vis-à-vis de l’environnement. Le voyage continue avec Burana, qui nous emmène cette fois vers l’est-asiatique, la Sibérie et les Balkans (le « Buran » est un vent typique de ces régions). Le morceau suivant, Salamander, est un hommage très réussi à une chanson de Dead Can Dance issue du DVD Toward The Within (1994). Issu d’une légende médiévale imaginée par le poète italien Torqato Tasso (1544-1595), In The Gardens Of Armida raconte l’amour impossible entre Armida, une sorcière de Damas, et Rinaldo, un chevalier croisé. Armida créera ces jardins enchantés afin d’y emprisonner son amour pour le garder auprès d’elle. Les chœurs du morceau suivant, Ispariz, rappellent les chants d’église de l’europe médiévale. Dans le langage secret mystique d’Hildegarde de Bingen (la « Lingua Ignota »), le mot « ispariz » signifie « esprit ». The Golden Horn nous transporte ensuite à Constantinople, carrefour culturel de l’Europe et de l’Asie, aux abords de la « Corne d’Or », ce port naturel qui était un haut lieu de commerce à l’époque de l’Empire byzantin. Son nom viendrait des reflets dorés du soleil à la surface de l’eau, mais peut-être aussi des nombreuses richesses qui y transitaient. On reste dans les environs avec Tebe Poem, un hymne byzantin datant du 8ème siècle qui fait partie des liturgies de saint Jean Chrysostome et saint Basile. A l’origine, le poème était simplement lu pendant les cérémonies religieuses, il finira par être chanté au fil du temps. Kalin Yordanov est à l’honneur sur le titre suivant, Day To Pray, un morceau ensorcelant sur lequel il pose sa voix sombre et ténébreuse. Le voyage mystique prend fin avec Nehet, une autre somptueuse composition inspirée de la mythologie de l’ancienne Egypte, accompagnée de chants et d’incantations tout droit venues d’une liturgie sacrée.

Un album exceptionnel

Des déserts du Sahara jusqu’aux steppes de Sibérie, en passant par l’ancienne Egypte, et en faisant même un détour du côté des mondes mystiques d’Hildegarde de Bingen, The Eternal Return est un album qui fait voyager notre esprit et nos sens. On se laisse transporter au gré des destinations par ces magnifiques compositions et ces voix qui semblent touchées par une grâce divine.

Liens : La page Bandcamp d’Irfan / Irfan sur Prikosnovénie / Le site Prikosnovénie

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