Kiki Hitomi / Karma No Kusari

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Karma No Kusari, produit par Disrupt et publié le 25 août 2016 sur son label Jahtari, est le tout premier album solo de la chanteuse et compositrice nippone Kiki Hitomi. Préparez-vous pour un voyage cosmique et psychédélique mêlant à merveille dub digital, musique 8-bit et enka japonais.
Originaire de Minoh, une petite ville de banlieue au nord d’Osaka, Kiki Hitomi débarque en Angleterre au début des années 1990. Elle fait ses débuts dans la musique au sein du groupe de dub expérimental Dokkebi Q qu’elle fonde avec Goh « Gorgonn » Nakada, un autre expatrié japonais, sortant plusieurs EPs et l’album Hardcore Cherry Bon Bon en 2010. La même année, elle intègre le projet King Midas Sound aux côtés de Kevin Martin alias The Bug et du dub poet Roger Robinson. On l’entend une première fois sur le label de Jan Gleichmar en 2011 avec le très bon Wonderland EP qu’elle signe en compagnie de Kevin Martin sous le nom Black Chow. En 2012, Kiki Hitomi quitte Londres et part pour Leipzig et le label Jahtari (dont on parle ici). Depuis ses débuts, Kiki Hitomi a toujours mélangé et expérimenté de nombreux styles musicaux avec comme dénominateur commun ce goût prononcé pour le dub digital. Ce premier album solo prouve une fois encore qu’elle est très à l’aise dans l’expérimentation et le mélange des genres, avec un style reggae/dub inspiré par l’enka, ce genre musical japonais rétro des années 1950, un pari plutôt osé tant les deux genres semblent n’avoir rien en commun. Karma No Kusari est entièrement produit par Disrupt et la touche 8-bit caractéristique du label allemand est largement présente tout au long de l’album. On trouve aussi une collaboration avec Space Ape (décédé en 2014), deux compositions de Maffi et Tapes, habitués du label, et la présence du compositeur français Stéphane Picq sur un titre. En plus de ses talents de chanteuse et compositrice, Kiki Hitomi est également illustratrice et c’est elle qui signe cette pochette psychédélique dont le fond étoilé rappelle celle du Wonderland EP qu’elle a également illustré. L’album Karma No Kusari de Kiki Hitomi est sorti le 25 août 2016 dans une édition « blue marbled vinyl » limitée à 500 exemplaires. Une édition classique « black vinyl » est encore disponible sur le site Jahtari.

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Kiki Story

Tabidaichi (Departure) ouvre le set. Puisant dans le dub, la chiptune et la musique traditionnelle japonaise, cette courte intro atmosphérique donne un excellent aperçu des différentes influences que l’on va retrouver tout au long de l’album. Le morceau enchaîne avec Nightwalkers et sa sirène qui laisse place à un lent ronflement de basse terriblement efficace. L’ambiance sombre contraste parfaitement avec les paroles légères et la voix fantomatique de Kiki Hitomi. Le titre suivant, Yellow Story reprend en partie les paroles de Dalston Imperfection, un morceau paru sur l’album Hardcore Cherry Bon Bon de Dokkebi Q en 2010 (que l’on peut écouter ici). Sur le Heidi Riddim concocté par le duo danois Maffi qui revisite le légendaire Sleng Teng Riddim, Kiki Hitomi assure et livre une autre excellente prestation ! La touche 8-bit typique de Disrupt est largement présente sur Every Time You Knock Me Down, un court intermède qui nous emporte vers un autre excellent morceau qui conclue la première face de ce Karma No Kusari. Pink No Kimono est un parfait exemple de ce son novateur mêlant dub digital et enka japonais. Le titre s’inspire d’un instrumental de Masaaki Hirao issu du film Lady Snowblood de Toshiya Fujita de 1973. Avec ses synthés vintage, ses inspirations venant de la J-pop et des animes, le morceau ne plaira peut-être pas aux puristes, mais le résultat est franchement réussi et Kiki Hitomi semble parfaitement à l’aise dans ce style. La seconde face s’ouvre sur un featuring avec le regretté Space Ape intitulé Nen Nen Korori, un morceau psychédélique entre reggae, dub et hip hop. Encore une fois, le ton doux et irréel de Kiki Hitomi accompagne à merveille cette basse lancinante. Vient ensuite Karma No Kusari (qui signifie « chaînes du karma » en japonais), un autre intermède méditatif et particulièrement relaxant. Le morceau Yume No Hana est, avec Pink No Kimono, la deuxième meilleure illustration de cet enka reggae où l’on retrouve toujours ce chant éthéré et ces chœurs fantomatiques. Samurai Spoon offre un autre moment de méditation et de relaxation avant de terminer sur Galaxy, une composition de Stéphane Picq, l’homme derrière la musique du jeu vidéo Dune de Cryo Interactive (1992). Ce morceau, imaginé pour un anime fictif se déroulant dans un univers de space opera, clôture ce voyage sonore court mais intense.

Verdict

Associée au producteur Disrupt, la chanteuse et compositrice japonaise livre avec ce Karma No Kusari un premier album solo aussi surprenant que réussi. Fusionnant reggae, dub, enka japonais et musique 8-bit, Kiki Hitomi nous offre un véritable voyage musical de 25 minutes au cœur de toutes ces influences. Une excellente surprise de l’année 2016. On attend maintenant la suite avec impatience.

Liens : L’album Karma No Kusari de Kiki Hitomi sur le site Jahtari / Le site Jahtari / La page Bandcamp de Jahtari / La page Soundcloud de Kiki Hitomi / Un article sur Karma No Kusari sur le site Fact Mag

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