Le jazz en Suède dans les années 50 / Partie 1

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Le jazz en Suède dans les années 50

Partie 1 : Lars Gullin et Rolf Billberg

La Suède fut très active dans le monde du jazz dès le début des années 50. Le son West Coast et celui des Brothers de Woody Herman eurent une grande influence sur les musiciens suédois. Plusieurs grands noms émergèrent non seulement en Suède mais aussi dans toute l’Europe ainsi qu’aux Etats-Unis. Nous allons ici en passer quelques-uns en revue.
Les saxophonistes Lars Gullin au baryton, Rolf Billberg à l’alto, Rolf Blomquist, Harry Bäcklund  et Arne Domnérus au ténor, les trompettistes Rolf Ericson, Jan Allan, Bengt-Arne Wallin, le clarinettiste Putte Wickman, Ake Persson au trombone, les pianistes Bengt Hallberg et Jan Johannson, Nils-Bertil Dahlander à la contrebasse, la chanteuse Monica Zetterlund. Ce sont tous de très bons musiciens qui reçurent d’ailleurs la visite de nombreux musiciens américains comme Stan Getz, Lee Konitz, Charlie Parker, Clifford Brown, Benny Baley, Zoot Sims ou encore Oscar Pettiford.

Lars Gullin (1928-1976)
Il s’agit du plus important des musiciens suédois et de l’un des plus beaux sons de baryton de toute l’histoire du jazz. Enfant prodige, Lars Gullin joue très tôt de l’accordéon, puis à 13 ans de la clarinette, du bugle et de la batterie dans un orchestre militaire. Peu satisfait de tous ces instruments, il prend des leçons de piano classique puis passe à l’alto et enfin, obligé de prendre le baryton dans l’orchestre de Seymour Osterwall, il entre alors dans la légende du jazz.

Ses premiers enregistrements datent de février 51 et sont enregistrés pour une radio. Gullin est encore un peu débutant mais le quartet bénéficie de l’accompagnement de Bengt Hallberg au piano qui est tout simplement superbe.

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Lars Gullin va ensuite enregistrer en quintet, sextet, octet, orchestre, … Il composera aussi de très beaux thèmes : Igloo, Danny’s Dream, Circus, Be Careful, Primula Veris, Laburnum Vulgare, Galium Verum, Manchester Fog, Merlin ou encore Comma. Souvent inspirés du folklore suédois, ces arrangements sont très musicaux, mélodieux avec une aura mélancolique qui s’en dégage. Il est accompagné par Ake Persson au trombone, Putte Wickman à la clarinette, George Ridel à la basse et Bengt Hallberg ou Rolf Berg (très bon guitariste au doigté très sensible).

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Ces faces obtiendront 4 étoiles (le maximum) dans le magazine américain Down Beat. On ne peut rester insensible à la beauté de ces thèmes et à la douceur quasi impressionniste qui s’en dégage.

En 53, Lars Gullin enregistre avec des solistes américains de passage. Il n’y a que du beau monde : Lee Konitz, Zoot Sims, Franck Rosolino, Conte Candoli, Don Bagley et Stan Levey. Jamais il n’imite Mulligan dont il se démarque par le son (un peu altosien) et par la technique (meilleure chez Gullin).

Toujours par le magazine américain Down Beat, il est sacré meilleur baryton dans la catégorie « New Star » l’année suivante. Il enregistre ensuite un disque avec  Les Moretone Singers à Copenhague. Accompagné par Bengt Hallberg, ils dominent de la tête et des épaules ce disque intéressant. Puis en juin 55, il enregistre avec  Rolf Billberg, altiste super doué, au son Parkero-Konitzien . Tous les enregistrements faits par ces deux musiciens sont à écouter absolument !

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Un premier coffret Fresh Sound contient en 4 CDs la totalité des faces studio de cette période. Ils sont accompagnés par un très beau livret (comme d’habitude chez Fresh Sound Records).

En 1956, il enregistre ses nouvelles compositions (Ma, Fedja, Perntz) avec Arne Domnerus à la clarinette et à l’alto, Norin au ténor et Nils-Bertil Dahlander à la basse. En avril 56, il enregistre avec l’orchestre de Gösta Theselius un très beau Summertime et le magnifique Lover Come Back To Me. Il grave ensuite une série de faces avec le musicien exceptionnel mais resté trop méconnu Rolf Billberg. En 58, il s’adjoint un autre musicien méconnu mais excellent trompettiste : Jan Allan. Ce dernier et Bengt-Arne Wallin sont les trompettistes préférés de Gullin et les enregistrements faits avec entre autres Harry Bäcklund et Rolf Billberg sont magnifiques de lyrisme et de retenue. Ces enregistrements sont compilés à l’origine sur le 30cms Fine Together en Suède. Des compilations des enregistrements de Lars Gullin sortiront aux Etats-Unis sur les labels Contemporary, Emarcy, Atlantic, East-West.

A partir de 1960, la scène du jazz a évolué en Suède, Lars Gullin se retrouve un peu en marge et doit en plus faire face à des « problèmes personnels ». Il meurt prématurément d’un accident cardiaque à l’âge de 48 ans. Sa musique n’a pas vieilli. Originale et de toute beauté, elle s’écoute les yeux fermés. Lars  Gullin restera un des plus grands musiciens de l’histoire du jazz.

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Les enregistrements de 56 à 60 ont fait l’objet d’un second coffret édité par Fresh Sound Records tout autant indispensable. Enfin, comme pour tous les artistes de jazz, des inédits, concerts et autres broadcast ont été édités depuis. En voici quelques-uns d’intéressants et de bonne qualité :
* Lars Gullin / European Legend in Germany 55-56 (2 Volumes) sur Anagram Records.
* Lars Gullin På Gyllene Cirkeln de décembre 64 et janvier 65 sorti par EMI.
* Lars Gullin with Strings featuring the Alto Saxophone of Rolf Billberg (64) sur Sonet.

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On retrouve également les faces FSR sur les 11 CDs édités par Dragon Records (Suède) qui comportent en plus des alternate, des broadcast, et celles où il débute et où il n’est pas leader (Volume 6 : 1949-52 / The Sideman). Le tout accompagné de très beaux livrets avec photos, pochettes d’époque et personnel détaillé. A noter : on le retrouve avec Chet Baker dans le premier volume de la série. Et également un inédit sur le label Anagram avec un autre grand du jazz suédois : Harry Bäcklund.

Rolf Billberg (1930-1966)
A17 ans, Rolf Billberg commence à jouer de la clarinette dans un orchestre militaire avant de passer au ténor. En 54, il rejoint l’orchestre de Simon Brehm (bassiste) puis enregistre avec Lars Gullin des faces superbes (un son Konitz-Getz-Parker). On l’entend dans les volumes 1, 3 et 4 de la série Lars Gullin sur Dragon (et aussi dans les coffrets FSR). En 1957, il rejoint l’orchestre de Carl-Henrik Norin. Puis il fait de fréquents séjours au Danemark où il est très apprécié (au début des années 50, le jazz New Orleans tient le haut du pavé à Copenhague et ce nouveau son attire). Un superbe disque édité par Storyville Records et intitulé Rare Danish Recordings compile les faces enregistrées au Danemark entre 56 et 66. Très beau, il permet d’apprécier le superbe son de Billberg au ténor et à l’alto.

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Entre ces enregistrements et concerts, Rolf Billberg continue à aider sa mère qui tient un hôtel sur l’ile de Käringön. En 1960, il est dans le fabuleux disque Sax Appeal de Nils Lindberg. Puis en 62, toujours sous la houlette de ce merveilleux compositeur et arrangeur, il grave Trisection. Ces 2 LPs ont été réédités sur un seul CD chez Dragon Records. Sax Appeal a lui été réédité plus récemment par Sonorama (très bon label Allemand de rééditions rares dont je reparlerai dans un prochain article sur le jazz en Allemagne).

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Il forme ensuite un quintet avec le trompettiste Jan Allan et ils reprennent des thèmes de Tristano et Konitz en 65 puis, en 66, on peut l’entendre avec Lars Gullin et Harry Bäcklund sur Ablution dans un des rares CD à son nom : Altosupremo sur le label Anagram records.

En avril 66, il enregistre avec Allan Botchinsky 4 belles faces d’inspiration tristanienne. Ecoutez donc Darn That Dream et Palo Alto et vous comprendrez toute la mesure du talent de Billberg. Mais en août 1966, il tombe gravement malade et meurt lors de son transport à l’hôpital. Il avait 36 ans. Il nous reste les enregistrements évoqués ici et un disque à son nom sur Dragon : Darn That Dream qui est un magnifique hommage à Rolf Billberg.

Note : Je fais ici essentiellement référence aux rééditions Dragon, Fresh Sound,  Caprice et Anagram.

Quelques pistes complémentaires à explorer :

* Un livre à lire sur l’activité jazz de ces années-là en Suède :
Born Under the Sign of Jazz : Public Faces / Private Moments (anglais) de Randi Hultin.
* Sites sur Lars Gullin : http://www.birkajazz.com/archive/gullinSpecial.htm / http://www.digjazz.se/LarsGullin.KlassiskaSkivomslag.html
* Discographie de Lars Gullin : http://www.jazzdisco.org/lars-gullin/discography
* Discographie du jazz suédois : http://old.visarkiv.se/jazzdisk_en.htm
* Une série de dix coffrets – dont trois sur les années 50 – très complets avec photos, documents d’époque et un livret avec le personnel détaillé tout aussi illustré (essentiellement en suédois, un résumé en anglais existe néanmoins à  la fin de chaque livret) : Svensk Jazz Historia sur Caprice Records

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