Le jazz en Suède dans les années 50 / Partie 4

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Le jazz en Suède dans les années 50

Partie 4 : Bengt Hallberg – Jan Johansson – Monica Zetterlund et autres chanteuses

Pour cette quatrième et dernière galerie de portraits, on retrouve deux immenses pianistes, Bengt Hallberg et Jan Johansson ainsi qu’une grande chanteuse, la lumineuse Monica Zetterlund et d’autres belles voix (Nannie Porres, Sonya Hedenbratt et Alice Babs) de cette Suède jazzy des années 50/60.
Bengt Hallberg (1932-2013)
Pianiste, compositeur et arrangeur, il a commencé à jouer à 13 ans. En 1951, il devient célèbre en accompagnant Stan Getz sur Ack Värmeland du sköna aka Dear Old Stockholm puis, la même année, il joue avec Clifford Brown de passage en Suède et avec l’orchestre de Quincy Jones. Pianiste au swing classique à la Teddy Wilson mais aussi influencé par le Bop et Tristano, il excelle dans son accompagnement de musiciens autant que de chanteuses (comme Monica Zetterlund). En 1954, il étudie la composition et le contrepoint au conservatoire Royal de Stockholm. La  même année, il est élu « musicien de l’année » par le magazine de jazz suédois Estrad.

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En 1957, il enregistre son premier LP sur le label Philips dont il deviendra le directeur musical. Accompagné de Gunnar Johnson à la basse et d’Anders Burman à la batterie, il délivre un disque formidable en solo ou en trio. Il semble voltiger sur le clavier, son toucher est délicat et ça swingue !

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En 1959, il enregistre son deuxième disque sur Karusell (édité aux Etats-Unis par Epic). Puis on le voit accompagner des chanteuses comme la néerlandaise Rita Reys ou Monica Zetterlund. On l’entend alors dans de nombreux disques et concerts. Doué d’un toucher délicat et d’une sensibilité rare, il fut même cité par Miles Davis comme un de ses pianistes préférés ! En 1963, il donne un concert au club Gyllene Cirkeln qui est enregistré par Métronome et qui reste l’un des meilleurs disques d’Hallberg.

A partir de là, il continuera d’enregistrer du jazz mais son occupation principale sera la composition de musiques de films pour le cinéma et la télévision. Avec entre autres Arne Domnérus et Georg Riedel, il participe en 76 aux fameuses sessions « Jazz at the Pawnshop ».

Jan Johansson (1931-1968)
Jan Johansson voit le jour à Söderham en Suède. A 11 ans, il apprend le piano classique mais aussi la guitare, l’orgue et l’accordéon. Tout en s’intéressant au swing et au be-bop, il se dirige vers des études d’électronique quand il rencontre Stan Getz qui habite alors à Copenhague et qui vient régulièrement jouer en Suède. Il abandonne alors ses études et part accompagner Stan Getz au Danemark.

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Jan Johansson, Oscar Pettiford, Stan Getz et Joe Harris.

Après son service militaire, il joue dans l’orchestre de Kenneth Fagerlund en 54-55. L’année suivante, il enregistre son premier disque en leader avec Gunnar Johnson à la basse et Anders Bruman à le batterie sous le label Métronome, puis en 1959 sur le label AEP avec cette fois-ci Dan Jordan à la basse et William Schipffe à la batterie.

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Dans les années 60, il vit à Stockholm. Il y enregistre avec Stan Getz les célèbres sessions At Large sur Verve dont de nombreux inédits sortiront bien plus tard. Il enregistre ensuite de nombreux disques sous son nom, travaille pour la radio et la télévision suédoise. Jan Johansson a reçu de nombreux disque d’or et récompenses. Le 9 novembre 1968, en allant à un concert, il meurt dans un accident de voiture. Il avait 37 ans. Très bon pianiste et mélodiste, accompagnateur attentif au toucher délicat, il restera l’un des meilleurs pianistes du jazz suédois.

Monica Zetterlund (1937-2005)
Actrice et chanteuse de jazz, la belle Monica Nilsson naît dans une famille musicale. Son oncle tient un magasin de disques spécialisé dans l’import jazz et cela lui donne le goût du jazz, du cool et des chanteuses américaines comme Ella ou Sarah. Dans cette province suédoise, le magasin ne tient pas longtemps mais le « mal » est fait. Monica commence à chanter à 14 ans dans le groupe de son père avant de prendre un job dans une compagnie de téléphone. En quelques mois, elle se fait connaître du milieu jazz et passe rapidement professionnelle. Fin 58, elle chante à Nalen dans l’orchestre d’Arne Domnérus qui n’est pas toujours tendre avec elle mais elle apprend ! Cette même année, elle enregistre son premier disque Swedish Sensation sur Columbia. Sa  voix fraîche, languissante et teintée de mélancolie font de ce disque un succès. Accompagnée soit par l’orchestre de Domnérus, le quintet de Donald Byrd ou l’orchestre de Gunnar Svensson, elle fait sensation.

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En 1960, elle apparait à la télévision américaine dans le célèbre show de Steve Allen et c’est un choc pour elle quand elle s’aperçoit que pour une blanche, jouer avec des musiciens noirs n’est pas bien vu et être une femme dans le milieu du jazz n’est pas une sinécure non plus. Sa popularité grandit encore et sa beauté et son charme n’y sont pas pour rien.

Elle chante avec plusieurs musiciens américains et en 1964, Bill Evans, ravi par la version de Waltz for Debby par Monica, l’invite à enregistrer avec son trio (Chuck Israel à la basse et Larry Bunker à la batterie). Le disque, mélange de jazz et d’airs suédois, est une réussite ! Un des meilleurs disques du genre et d’ailleurs toujours réédité !

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Monica Zetterlund et Bill Evans, Université d’Uppsala, mars 1965. Crédit: Uppsala-Bild.

Monica Zetterlund fera une belle carrière au cinéma et prendra à son répertoire des chansons pop ou folk. A la fin de sa vie, elle est handicapée par une scoliose qui l’immobilise dans un fauteuil. Elle meurt dans l’incendie de son appartement faute d’avoir réussi à fuir. Tous ses disques sont bons en particulier ceux cités plus haut. La collaboration avec entre autres musiciens Zoot Sims, Thad Jones  et Jimmy Jones au piano a été éditée par RCA en CD sous le titre The lost Tapes@Bell Sound Studios NYC.

Autres chanteuses
Chanteuse peu connue mais pourtant fort intéressante, Nannie Porres, dont le premier disque sous son nom parut en 1971, a enregistré dans les années 50 avec Bernt Rosengren (Jazz Club 1957 sur le label Sonet). On entend des extraits de ce disque dans le volume 8 de la série « Svensk JazzHistoria » et c’est très bon.

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Sonya Hedenbratt a commencé à chanter à 17 ans avec son frère ainé, gagne le Göteborg Doris Day en 1951 puis entre dans l’orchestre d’Arne Domnérus. Elle est le modèle des chanteuses de jazz suédoises. Sonya Hedenbratt a enregistré avec Gunnar Svensson en 51 sur Shellac et en 55 avec l’orchestre de Gunnar Lunden-Weldens. On peut l’entendre elle aussi sur le volume 8 de la série « Svensk JazzHistoria » avec le quintet de Gunnar Johnsson.

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A 15 ans, Alice Babs chante déjà dans les discothèques et devient rapidement célèbre. Elle tourne avec Harry Arnold, Thore Ehrling ou encore Putte Wickman. En 1949, elle est présente au festival de jazz de Paris. On la voit dans de nombreux films et shows où elle peut tout aussi bien chanter du jazz que de la variété. En 59, elle forme le groupe les Swedanes avec le violoniste Sven Asmunssen et fait une tournée aux Etats-Unis. En 63, elle est la chanteuse de l’orchestre de Duke Ellington. Elle chantera même du Bach et du Mozart dans les églises ! Alice Babs a une très belle voix de soprano, une bonne diction et un registre étendu. On trouve également plusieurs chansons d’Alice Babs dans la série des « Svensk JazzHistoria » (le volume 8 par exemple).

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