Le label Jahtari

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Au départ, le label Jahtari, fondé par Jan Gleichmar (originaire de Leipzig, en Allemagne) en 2004, était un petit label obscur distribuant ses productions dub digitales exclusivement sur le net. Grâce à la particularité de ce son mêlant reggae/dub digital et sonorités 8-bit, et aux collaborations fructueuses avec de nombreux artistes talentueux (Kenny Knots, Soom T, Solo Banton, …), Jahtari est aujourd’hui devenu une figure majeure en matière de reggae/dub sur la scène internationale.
Ne venant pas du reggae à la base mais de la scène électro, Jan Gleichmar (aka Disrupt) baigne à ses débuts dans la techno minimale, celle de Detroit, et écoute également beaucoup de labels tels que Basic Channel, Mille Plateaux ou Force Inc. C’est au Hardwax, magasin de musique électronique réputé où il travaille, qu’il découvre le label Rhythm & Sound et aussi l’intégralité du catalogue Wackies (dont il s’inspirera régulièrement par la suite) par le biais des rééditions du label Basic Channel. A la fois fasciné par la construction rythmique et la puissance du dub, il tombe littéralement sous le charme et s’oriente, au début des années 2000, vers la scène reggae/dub digital. A l’époque, il ne dispose évidemment pas de studio, et il fabrique ses riddims avec les moyens du bord, essentiellement des ordinateurs de la « grande époque » comme le Commodore 64, l’Amiga 500 ou encore l’Atari ST dont le nom de son futur label s’inspirera.

pochette-disrupt-a-fistful-of-dub-epPremier album de Disrupt, l’EP Fistful Of Dub (référence évidente au film A Fistful Of Dollars de Sergio Leone, 1964), distribué sur le netlabel Phonocake en mai 2004, contient une sélection de ses premières productions dub digital. Gateless Barrier ouvre le bal avec sa ligne de basse planante, suivi par Dont Talk – Shoot, un dub bien roots qui s’ouvre sur la mélodie bien connue d’un autre classique de Sergio Leone sorti en 1966, à savoir The Good, The Bad And The Ugly. Le morceau Argument est une refonte du terrible morceau du même nom de Jah Batta paru sur le label new-yorkais Wackies. Holy Mount Zion revisite quant à lui le légendaire Drum Song riddim. Cet album connaissant un petit succès, Jan Gleichmar décide d’aller plus loin et fonde, en novembre 2004, son propre label qu’il décide d’appeler Jahtari. Ce nom est tout simplement la contraction de Jah et d’Atari, le label Jahtari possédant un son particulier, à mi-chemin entre les sonorités 8-bit et le reggae/dub digital.

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La très talentueuse Soom T et Disrupt, fondateur du label Jahtari.

Au début, Jahtari est un netlabel qui distribue ce qu’il qualifie de Digital Laptop Reggae (DLR). Pour résumer, il s’agit de reggae/dub entièrement créé à l’aide d’ordinateurs et distribué uniquement en dématérialisé sur le net. Le site est aussi connu à l’époque pour ses archives de mixtapes (que l’on peut écouter ici). Mais le succès est tel que, depuis 2008, Jahtari est devenu un label à part entière avec dans son écurie des artistes reconnus tels que Soom T, Black Chow, Maffi, Kenny Knots, Solo Banton, Mr Williamz, etc. La majorité des sorties ne se font plus exclusivement sous forme numérique, on peut maintenant trouver de véritables 7″ et 12″, et la majorité des EP et LP sortent en vinyles (parfois même en cds pour les compilations Jahtarian Dubbers par exemple). Armé de cette pléthore d’artistes talentueux et de ce son original, entre le dub digital minimaliste et les sonorités 8-bit typiques des ordinateurs et consoles des années 80, le label Jahtari s’impose aujourd’hui comme une figure incontournable sur la scène reggae/dub internationale. Aujourd’hui, comme le confiait Jan Gleichmar en 2012, le terme Digital Laptop Reggae n’a pas vraiment lieu d’être, les choses ayant beaucoup évoluées. Utilisant à l’origine exclusivement des ordinateurs pour créer sa musique, le label possède aujourd’hui un vrai studio et du matos parfois « fait maison » entièrement dédié au son, et certaines productions sont même passées d’un son entièrement digital à un son analogique (voir cet article pour l’évolution du son Jahtari).

Sélection albums/morceaux
Impossible de faire un tour d’horizon du label sans une petite sélection d’albums et de morceaux. Voici donc pour commencer dix productions incontournables (à mon humble avis) de chez Jahtari, allant du dub au dancehall en passant par la dub poetry, sans oublier le 8-bit reggae. Il y en a pour tous les goûts.

Disrupt – Roots Matrix EP (février 2005)
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Premier EP du label Jahtari sorti en février 2005, le Roots Matrix de Disrupt ne pouvait pas être absent de cette sélection. Un album court (moins de 20 minutes) mais proposant de bons morceaux à l’image du titre phare, une version du classique Drum Song riddim, dans une atmosphère dub baignée de sonorités 8-bit. Le morceau suivant s’empare d’un autre grand classique – Fade Away – et le revisite à la sauce Jahtari. Vient ensuite Bomb 20 sur lequel on peut entendre une conversation philosophique entre Bomb #20 et Doolittle, conversation issue du film Dark Star (1974) de John Carpenter. Le riddim utilisé ici est le Doctor On The Go de Lee Perry. L’album termine en beauté avec Foundation Bit et sa ligne de basse puissante et entêtante.
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Bo Marley vs Disrupt (juillet 2006)
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Ce concept album de 2006 du collectif Bo Marley (originaire d’Aarhus au Danemark) est le premier album de chez Jahtari à sortir sur CD. L’album est construit autour de six morceaux signés Bo Marley, chaque morceau étant précédé d’une intro très funky sous forme d’un tracker Amiga composé par Benjamin Lesak Jensen (aka Benja, membre du collectif), et suivi d’une version concoctée par Disrupt. Cette construction finalement assez classique permet de découvrir chaque morceau sous différents angles. Certaines pistes sont quand même bien barrées et ne plairont sans doute pas à tout le monde mais des morceaux comme Bauhelm, Fleisch ou Ursulla font clairement partie des favoris de cet album. A découvrir d’urgence. La pochette est signée Kristian John Nordentoft, un autre membre du collectif Bo Marley.
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Soom T – Dirty Money EP (novembre 2009)
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Du hip hop au reggae en passant par la soul ou encore l’électro, Soom T, jeune et talentueuse MC de Glasgow, en Ecosse, n’aime visiblement pas être cataloguée et a déjà de nombreuses et diverses collaborations à son actif. Mais il faut reconnaître que son timbre de voix particulier et son flow colle parfaitement au son des productions Jahtari. Preuve en est avec ce Dirty Money, un pur riddim 8-bit réalisé à partir d’un fichier SID (type de fichiers audio du Commodore 64) du suédois Johan Danielsson, aka JLD, alors membre à cette époque du demo group Warriors Of The Wasteland, sur Commodore 64. Le titre Survivor en face B est de très bonne facture également. Un petit album bien convaincant qui vaut le détour, ne serait-ce que pour l’excellentissime Dirty Money.
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Soom T & Disrupt – Ode To A Carrot (décembre 2010)
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Après son excellent EP Dirty Money, l’écossaise Soom T revient ici dans un double LP qui est tout simplement une ode à la consommation d’herbe. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les titres très explicites de l’album : Roll It, Saved By A Ganja Leaf, Bring The Sensi, Puff That Weed, Ganja Ganja, etc. Tous les morceaux en fait, l’album étant clairement une incitation à la fumette avec une Soom T très à l’aise sur les riddims 8-bit de Disrupt. Dans le lot on retiendra les excellents Roll It, Boom Shiva ou encore l’énorme Puff That Weed, on s’attardera sur le méditatif Wee Rant, et on appréciera aussi le Weed Hawks sur le terrible riddim Samurai Showdown, sorti deux ans plus tot. A noter aussi la présence sur Bring The Sensi de Papa Zeb & Daddy Scotty, duo qui tourne depuis des années sur les sound system écossais comme le Mungo’s Hi-Fi de Glasgow ou le Big Toe’s Hi-Fi d’Edimbourg.
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Black Chow feat. Pupajim – Wonderland EP (mars 2011)
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Le groupe Black Chow, composé de Kevin Martin, aka The Bug, et de Kiki Hitomi, chanteuse originaire d’Osaka, au Japon, tous deux membres du King Midas Sound, sort en mars 2011 son premier album : Wonderland, un EP avec un superbe artwork réalisé par Kiki Hitomi en personne, représentant des personnages bien connus d’Alice au Pays des Merveilles autour d’une bonne vieille borne d’arcade. La chanson titre Wonderland est une véritable bombe, avec sa ligne de basse hypnotique sur laquelle se pose parfaitement la voix lancinante de Kiki Hitomi. Pupajim signe ensuite une version avec un falsetto rappelant par moments le Golden Hen de Tenor Saw. Et ça enchaîne avec une version dub qui permet d’apprécier une fois de plus la puissance de ce riddim. La face B contient le morceau Danger, un riddim spatial à base de Casio et d’echo chamber, évidemment accompagné de sa version.
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Solo Banton – Music Addict EP (septembre 2011)
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Sorti en septembre 2011, l’album démarre très fort avec Music Addict, une version d’un Solo Banton en grande forme du Sensi Addict d’Horace Ferguson (un classique du Dancehall datant de 1987). S’en suit Arcade Addict, une version pleine de samples de jeux vidéo old school signée Disrupt (version qui était déjà apparue en 2006, sur la face B de l’excellent Sensi Addict de Mikey Murka). Le très bon Put It Back conclue la première face avec un Solo Banton se posant parfaitement sur ce riddim très convaincant. Sur la face B, on retiendra surtout Kung Fu Master et le flow parfaitement maîtrisé de Solo Banton sur un riddim martial dopé par une basse bien lourde. Les superbes artworks, faisant immédiatement penser à Tony McDermott (illustrateur notamment connu pour ses designs de pochettes chez Greensleeves, comme la série des albums de Scientist ou le magnifique Two Giants Clash de Yellowman et Josey Wales), sont d’Ellen G / My Lord Graphics.
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Mr Williamz – Dancehall Hobby EP (septembre 2012)
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Mr Williamz a commencé sa carrière de deejay à l’âge de 8 ans en gagnant un clash organisé par un sound system local. Cette réussite l’encouragea à écrire ses propres chansons et en 2008, il connaît un petit succès sur la scène reggae anglaise avec son Babylon in Helicopter (produit par Necessary Mayhem) sur le classique Police in Helicopter de John Holt (1982). Sur de très bons riddims du duo Danois Maffi, Mr Williamz signe ici un petit EP bien sympathique, sorti en septembre 2012, avec notamment l’excellent Dancehall Hobby et sa ligne de basse que l’on doit à Pupajim, et l’hypnotique Sit Down Steady qui parle de filles et de belles bagnoles. A noter que, comme pour l’EP Music Addict de Solo Banton, on doit la très belle illustration de cet album à la prolifique et talentueuse Ellen G / My Lord Graphics (dont on peut admirer le travail ici).
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Naram – March Of The Gremlins (janvier 2014)
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Grand amateur de reggae, de vieux synthés ou encore de films d’horreur des années 80, le néo-zélandais Naram livre ici son premier album, intitulé March Of The Gremlins, sous forme d’un généreux double LP. Le premier morceau, Asia Minor, illustre parfaitement ce mélange de ces différentes influences. On retrouve sur cet album de nombreux MC d’Angleterre comme Asher Senator sur le très bon Mayhem, Jah Screechy sur MC Magic, Peter King et son Teach Dem Fi Read, Write & Spell ou encore Speng Bond sur l’excellent Big Brother. Le chanteur Sammy Gold signe lui deux titres dont un terrible Government Are Suck The Sufferer. Cet album marque aussi les débuts de Jane Bee, chanteuse rub-a-dub originaire de Leipzig, sur le sympathique Conquer Me. On appréciera également les bien nommés Gizmo Riddim et Mogwai Riddim, deux morceaux dub plutôt convaincants signés Naram. Pour cet album, certains riddims ont été conçus à l’aide d’un iPod (et d’une application, NanoStudio) au cours d’un long voyage partant d’Australie à destination de l’Ecosse, avec pour seuls équipements un vélo et une tente. Il s’arrêtera finalement à Leipzig pour y rencontrer Disrupt et lui faire écouter ses riddims, ce qui marquera le début d’une collaboration qui continue aujourd’hui avec la création du label Colonel Mustard’s en janvier 2015. La pochette, à base d’anti-capitalisme et de gremlins, est signée Kiki Hitomi.
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Roger Robinson – Dis Side Ah Town (mai 2015)
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Originaire de Trinidad, Roger Robinson vit en Angleterre depuis une vingtaine d’années. Ayant fait ses débuts non pas dans la musique mais dans des lectures ou encore dans la poésie, il sort en 2004 son premier album, Illclectica, un album orienté électronique/hip hop, sur le label Altered Vibes. Il fait partie des membres fondateurs du King Midas Sound, à l’origine du reconnu Waiting For You sorti en 2009. Fruit d’une collaboration entre Roger Robinson et le label Jahtari, l’album Dis Side Ah Town (sorti en mai 2015), qui relate les émeutes de 2011 à Londres, s’inscrit dans le registre de la dub poetry, à l’image de Prince Far I ou de Linton Kwesi Johnson. L’album contient d’excellents morceaux, comme le Smash And Scatteration d’ouverture, mais aussi Walk With Me, le dansant Move Way Babylon, Dis Side Ah Town, ou encore Wheel And Come Again.
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Maffi – Killah Tape EP (mai 2015)
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Mai 2015, le duo Danois Maffi est de retour avec un très bon album. On retrouve sur la face A un Junior Roy en grande forme sur un Tuff Like We (accompagné de sa version) très inspiré, qui semble venir tout droit des années 80 et des productions digitales jamaïcaines. Colonel Maxwell signe quant à lui Bad Bwoy Style sur un riddim plus classique mais efficace. En face B, Peter King, MC londonien du soundsystem Saxon Studio notamment connu pour être un adepte du « fast chat », délivre un excellent Bad Memory, une reprise non sans humour (il feint d’oublier les paroles) de son classique de 1985, sur un riddim puissant qu’on retrouve évidemment en version dub. Pour terminer, un autre MC de Saxon Studio, le légendaire Asher Senator livre un morceau éponyme et nous prouve s’il le fallait qu’il n’a rien perdu de ses talents de deejay.
Ecouter l’album sur le site Jahtari

On termine cet aperçu avec une sélection de quelques morceaux supplémentaires, contenant quelques pépites. A noter que les cinq 7″ qui suivent n’existent que sous forme numérique, à l’exception du Farmer In The Sky / Depth Charge de Jahtari Riddim Force qui a été pressé en 2008 par le label Bastard Jazz Recordings.

Jahtari Riddim Force / Disrupt – Loose In Space / The Stars My Destination (décembre 2004)

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Reprenant un riddim hypnotique de chez Wackies, appelé Under World ou Basement Session selon les versions, Rootah et Disrupt (sous le nom Jahtari Riddim Force, utilisé ici pour la première fois) livrent avec ce 7″ deux excellents morceaux.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Mikey Murka / Disrupt – Sensi Addict / Arcade Addict (mai 2006)

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La légende de l’écurie Unity signe ici une superbe version d’un classique old-school, le Sensi Addict d’Horace Ferguson, véritable hymne à la consommation de sensimilla. On retrouve le même riddim en face B, dans une version arcade 8-bit. Que ce soit dans l’utilisation de vieux enregistrements de bornes d’arcade (réalisés en 1982 à l’aide d’un enregistreur cassette Sony TCS-310, voir ici pour la petite histoire) ou au niveau de l’illustation sur le macaron, on saura apprécier la référence à un grand classique des salles d’arcade de l’époque : Donkey Kong.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

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Blaze Dem – Martial World / Dubness Of This Creation (mai 2005)
Un 7″ qui marque les débuts du Suédois Blaze Dem, avec en face A un Martial World terriblement puissant et sa ligne de basse profondément roots. En face B, Dubness Of This Creation, plus calme et méditatif, est un titre intéressant lui-aussi.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Ras Amerlock vs Volfoniq – En Chantier / Vigilante Dub (avril 2007)
Deux membres de l’écurie Jahtari, Ras Amerlock et Volfoniq, s’affrontent sur le ring pour un combat à l’ancienne. Le premier round balance En Chantier, une version efficace du Drum Song riddim. Le second, quant à lui, propose une sorte de Drum Song alternatif.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Jahtari Riddim Force – Farmer In The Sky / Depth Charge (décembre 2007)
Sur cet autre très bon 7″ sorti en 2007, Rootah et Disrupt reviennent en force sous le nom Jahtari Riddim Force et revisitent avec Farmer In The Sky le splendide Black Heart Dub des Bullwackies All-Stars. L’excellent Depth Charge envoie aussi du lourd en face B.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

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Ce single est passé du numérique au support vinyle 7″ en mai 2008 grâce au label Bastard Jazz Recordings. On peut admirer les jolis nouveaux artworks au passage.

Parenthèse productions du duo Danois Maffi
Ouvertement inspirés de labels légendaires comme Jammy’s, Unity ou encore Xterminator, la série de 7″ Maffi s’appuie sur des riddims typiques du milieu des années 80/début 90, à base de puissantes lignes de basse créées sur de vieux claviers Casio, et de mélodies simples mais terriblement accrocheuses.

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Mikey Murka / Disrupt – Downpressor Man / Oppressor Dub (août 2008)
Le premier artiste à inaugurer cette série n’est autre que Mikey Murka, une légende du sound system Unity. Il livre avec son morceau Downpressor Man, une superbe prestation clairement inspirée du dancehall des années 80, sur un riddim très efficace du duo Danois, le Turtle Riddim.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Solo Banton / Disrupt – Talk To Me / Version (janvier 2009)
Un des meilleurs titres du label allemand est le d’ores et déjà classique Talk To Me, que l’on doit au vétéran Solo Banton, en très grande forme, et aux Danois de Maffi qui envoient là encore du lourd avec une basse agressive et une touche 8-bit . En face B, on retrouve une version de Disrupt.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Soom T / Mungo’s Hi-Fi – Flying High / Juincy Punch Riddim (mai 2009)
On retrouve la très talentueuse Soom T qui signe ici un de ses meilleurs morceaux, et probablement un des meilleurs morceaux du label, avec ce Flying High, un morceau au nom évocateur sur une terrible ligne de basse, puissante et entêtante, le genre de morceau qui s’écoute en boucle.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Speng Bond / Maffi – White Horse / Heidi Riddim (septembre 2013)
Junior Roy / Lord Sassafrass – Run Di Session / Talking Yardie (septembre 2013)
Reprenant l’ADN du Sleng Teng riddim de King Jammy, le Heidi Riddim se décline ici sur deux très bons singles. Speng Bond fustige la cocaïne sur l’excellent White Horse, suivi de sa version. Junior Roy signe lui un sympathique Run Di Session, et Lord Sassafrass conclue sur le très bon Talking Yardie.
Ecouter les 7″ sur le site Jahtari

Parmi les autres 7″ de cette série qui met l’accent sur les productions du duo Danois Maffi, on retiendra aussi d’autres perles comme le militant No de Solo Banton ou le très inspiré Breeze Blow de Wheeler sur le Turtle Riddim.

Parenthèse sous-label Colonel Mustard’s
Le label Colonel Mustard’s est né en 2015 d’une collaboration entre le néo-zélandais Naram, auteur du double LP March Of The Gremlins sorti l’année précédente, et le label Jahtari. Ce nouveau label, tout comme les productions Maffi, s’inspire très nettement du son des productions dancehall des années 80/début 90.

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Daddy Freddy / Naram – Long Way / Long Way Version (janvier 2015)
Le premier 7″ à voir le jour sur le label Colonel Mustard’s envoie un riddim très réussi sur lequel on retrouve un Daddy Freddy enragé déballant ses lyrics. Déclaré « world fastest chatter » par le fameux Guinness Book Of Records en 1989, le deejay chevauche littéralement de sa voix rauque ce Long Way ultra efficace.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Face & Sheenyboo / Naram – Dangerous / Dangerous Version (janvier 2015)
Cette seconde sortie sur le label Colonel Mustard’s propose un autre excellent riddim, toujours créé par Naram. « Dangerous, soundbwoy bite di dust, you haffi deh pon twitter if you waan follow us », les paroles de Face & Sheenyboo, qui signent ici leur premier titre, résonnent comme un hymne pour la nouvelle génération.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Toujours dans ce style dancehall old school, il y aussi les 7″ See Di Bobo Dread de Junior Cat, et le très bon Chatty Mouth Defeat de Reverend Danny Dread, sur les très bons riddims du néo-zélandais.

Références aux jeux vidéos des années 80/début 90
Le style Jahtari fait énormément référence aux jeux vidéos et aux ordinateurs emblématiques des années 80, que ce soit dans la musique ou dans les artworks. Le logo déjà, anciennement un Pac-Man (personnage icônique de l’histoire du jeu vidéo que l’on peut encore voir sur le site Jahtari), c’est aujourd’hui un logo un peu plus travaillé, toujours en pixel-art évidemment, et qui fait cette fois référence à un autre grand classique du jeu vidéo sorti en 1978 sur borne d’arcade : Space Invaders, le tout sur un fond vert, jaune et rouge de circonstance. Sur la page d’accueil du site, on a carrément droit à une petite séquence d’intro où l’on reconnaît le grand classique International Karate +, au son du désormais célèbre « Jahtari Riddim Force » robotique (le site Jahtari). On retrouve aussi des bornes d’arcade, des personnages et artworks issus ou inspirés du jeu vidéo et même un Gameboy (renommé Gamebwoy pour l’occasion) sur différentes pochettes ou macarons du label. On trouve aussi parfois un autre logo Jahtari basé directement sur le logo officiel Atari.

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Disrupt – International Karate Championship / IK+ (novembre 2004)

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Le premier single à sortir sur le netlabel Jahtari en novembre 2004 est un revisite par Disrupt du thème d’un classique du Commodore 64 : International Karate + (composé par Ron Hubbart). Le macaron en reprend d’ailleurs carrément les sprites, dont tous ceux qui ont joué au jeu se souviennent avec nostalgie. Le son reggae 8-bit nous replonge immédiatement dans cette merveilleuse époque du jeu vidéo sur ordinateurs.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Disrupt – Blast You To Bits / Asteroid Dub Force (septembre 2006)

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Sorti en septembre 2006, un autre excellent 7″ signé Disrupt avec deux très bons morceaux aux noms évocateurs – Blast You To Bits et Asteroid Dub Force – fleurant bon les musiques 8-bit de nos vieilles machines. Le macaron, clairement inspiré de l’esthétique des jeux vidéo des années 80, rappellera sans aucun doute aux plus vieux les classiques Elite et autres Wing Commander.
Disrupt – Blast You To Bits / Asteroid Dub Force (Net 7″)

Dubmood – Atari-Ska l’Atakk EP (janvier 2008)
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En janvier 2008 l’EP Atari-Ska l’Atakk de Dubmood voit le jour, un album entièrement réalisé sur Atari ST, comme son nom le suggère, qui visite le ska et le reggae à la sauce chiptunes. Cet album contient un morceau que tous les nostalgiques de cette période apprécieront : une version reggae/chiptunes du thème du grand classique des point and click de chez Lucasart, The Secret Of Monkey Island (sorti en 1990), composé par Michael Z. Land. On notera aussi la légendaire mélodie de Tetris (que l’on peut écouter ici), issue de la musique folklorique russe, qui déboule au détour du morceau VodSka Dance.
Ecouter l’album sur le site Jahtari

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Le fameux Atari ST de Dubmood.

Né en Suède, Dubmood a composé ses premières chiptunes en 1996, à l’âge de 11 ans. Quatre années plus tard, il est recruté par le collectif Razor1911 (surtout connu pour leurs cracks de nombreux jeux mais aussi reconnu dans une moindre mesure pour des intros, des musiques et des démos), collectif qui a débuté sur Commodore 64, avant de passer sur Amiga, pour finalement terminer sur PC. Avant de se lancer finalement en tant que live artist en 2004, Dubmood aurait enregistré pendant cette période plus de 300 morceaux, composés essentiellement sur Amiga, Atari ST, Gameboy et PC.
Pour en savoir plus sur Dubmood / La page Bandcamp de Dubmood.

Disrupt – Samurai Showdown / Last Blade (mars 2008)

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Un 7″ digital qu’on aimerait bien voir pressé un jour. Le macaron est très joli et représente un ninja dans le style des vieux jeux vidéo dont il s’inspire (Samurai Showdown est un jeu de baston en 2D de 1993 de chez SNK). Disrupt livre en face A un morceau épique, à l’image des combats de samouraïs dont il s’inspire, à base de sonorités rétro et d’une basse saccadée bien old school. En face B, Last Blade, est un sympathique dub 8-bit au pays du soleil levant.
Ecouter le 7″ sur le site Jahtari

Disrupt – Dub Matrix With Stereo Sound (janvier 2014)
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Cet album est chroniqué ici.

De nombreux titres du label, comme le Arcade Addict de Disrupt, présent sur l’EP Music Addict de Solo Banton (voir plus haut, sélection albums), contiennent divers samples et sons typiques des jeux vidéo et des ordinateurs des années 80.

Pour les connaisseurs, il existe aussi deux 7″ pressés sous le label Jahmiga. Deux 7″ assez curieux d’ailleurs, le premier est une version d’Alabama Song (Whiskey Bar) des Doors, et l’autre une version de Porque Te Vas, tout ça porté par le son si particulier du label allemand.

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Le logo Jahmiga, petit clin d’œil que les amateurs apprécieront.

Conclusion

Passant d’un simple laptop à un véritable studio, le son de Jahtari a évolué et, progressivement, ce rendu purement 8-bit s’est orienté vers des productions plus typées dancehall 80’s. Le label de Jan Gleichmar n’oublie cependant pas ses racines comme on peut le constater avec l’album Dub Matrix With Stereo Sound sorti récemment, ou au travers de nombreuses références et sonorités, plus discrètes qu’à l’origine mais toujours présentes.

Liens : Le site Jahtari / Une interview de Disrupt sur United Reggae / Une interview de Disrupt sur Electronic Beats / Un article sur le reggae 8-bit sur Fact Mag / Un livre sur le 8-bit reggae de Nicolas Nova

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