Les Maîtres de la West Coast : Chico Hamilton

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Chico Hamilton, né dans la cité des anges et donc un pur californien, a été l’une des grandes figures du jazz West Coast. Avec son quintet à l’instrumentation originale, il donna à entendre un jazz de chambre swingant et musical.
Chico Hamilton apparaît très vite sur la scène de Los Angeles, côté Central Avenue, et fréquente les Mingus, Gordon, Collette. A son retour de l’armée en 1946, il enregistre avec Lester Young (cf. Complete Aladdin Recordings), puis un peu plus tard en 1948, il devient le batteur de la chanteuse Lena Horne. En 1952, Gerry Mulligan le remarque et le fait entrer dans son fameux quartet (dont on parle ici) avec Chet Baker. Chico, élégant sur lui et dans son drumming tout en finesse, n’est pas pour rien dans le succès du quartet. En 1953, il retourne chez Lena Horne car la paie est meilleure. Fin du premier épisode.

Richard (Dick) Bock, qui vient de fonder Pacific Jazz Records pour enregistrer le Gerry Mulligan Quartet, fait graver à Chico fin 53 et fin 54 un LP (10 inch) en trio avec Howard Roberts à la guitare et George Duvivier à la basse. En 1956, Jim Hall remplace Roberts pour compléter le LP au nouveau format de l’époque (12 inch).

Mais le succès ne viendra qu’avec le nouveau groupe que veut fonder Chico. Jim hall à la guitare, Buddy Collette aux saxos et flûtes, Carson Smith à la basse. Chico sait ce qu’il veut : un autre son que les quintets habituels (2 saxos : saxo-trompette et saxo-trombone). Il pense au corniste John Graas mais ce dernier est déjà pris ailleurs. Il lui souffle alors le nom d’un autre concertiste qui joue du violoncelle, Fred Katz. Le groupe est alors formé.

En 1955, il enregistre un premier disque sur Pacific Jazz, Chico Hamilton Quintet featuring Buddy Collette, avec une face en studio et une face enregistrée au club d’Harry Rubin « The Strollers ». Le succès est tel qu’engagé à l’origine pour deux semaines, le quintet y restera finalement huit mois ! La musique est nouvelle, swingante, aves des alliages sonores très West Coast, l’association guitare, violoncelle basse et saxos/flûtes du multi-instrumentiste Buddy Collette est très réussie. Le disque se vend bien. Dick Bock enregistre longuement le quintet au « Strollers » mais ne sort le disque qu’en 1960 sur son nouveau label World Pacific sous le titre The Original Chico Hamilton Quintet.

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Troisième album enregistré, Chico Hamilton Quintet in Hi-Fi est de la même veine. Avec des thèmes de Jim Hall, Carson Smith et Buddy Collette, on est bien là dans le jazz de chambre. Encore une fois, le disque se vend plutôt bien. Dick Bock en profite pour démarrer une nouvelle série de pochettes en invitant des peintres et des sculpteurs à illustrer la musique.

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Troisième épisode : En 1956, Paul Horn, multi-instrumentiste lui-aussi, et John Pisano remplacent Buddy Collette et Jim Hall. Le niveau de la musique n’a pas changé et leur premier disque Chico Hamilton Quintet est excellent. L’année suivante, ils enregistrent la musique du film Sweet Smell of Success (Le Grand Chantage en français, avec comme acteurs principaux Burt Lancaster et Tony Curtis) sur le label Decca et apparaissent même à l’écran. La musique du film est d’Elmer Bernstein mais tous les thèmes de jazz sont de Chico et Fred Katz.

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Début 1958, Hal Gaylor remplace Carson Smith et le Chico Hamilton Quintet enregistre la musique de South Pacific, une comédie musicale de l’époque. Le disque s’intitule South Pacific in Hi-Fi et la tonalité du groupe met superbement en valeur les thèmes arrangés par Calvin Jackson et Carson Smith. En mars 1958, Chico enregistre en trio avec Freddie Gambrell et Ben Tucker un disque intitulé Chico Hamilton Trio Introducing Freddie Gambrell mais c’est plutôt le (très bon) disque d’un Freddie Gambrell très prometteur, véritable virtuose au style flamboyant. Un autre disque suivra sous son nom (toujours sur World Pacific).

Puis, toujours en 58, Chico Hamilton enregistre des thèmes du Duke avec un nouveau saxophoniste, Eric Dolphy, au style très novateur pour l’époque, et un nouveau celliste, Nathan Gershman. Eric Dolphy a beau être né à Los Angeles, ce n’est pas un west coaster au sens où on l’entend à l’époque et cela ne plaît pas à Dick Bock. Les bandes sont remisées sur les étagères et il faudra attendre presque cinquante ans pour qu’un collectionneur achète en 2000, à Brighton en Angleterre, un pressage test du Chico Hamilton Quintet croyant avoir la version qui sera enregistrée un an plus tard avec cette fois Buddy Collette et Paul Horn. Mais en écoutant bien, il ne reconnaît ni Collette ni Horn mais pense à Dolphy avec un son nettement plus moderne. En le faisant écouter à un spécialiste de Dolphy, celui-ci le reconnaît formellement. L’acheteur en parle alors à Michael Cuscuna (créateur de Mosaic Records) qui avait trouvé deux morceaux dans ses recherches pour le coffret The Complete Pacific Jazz Recordings of Chico Hamilton Quintet. Cette fois-ci,  tout est là et le disque sort en CD. The Original Ellington Suite est très bon et c’est vrai que le style de Dolphy, lyrique et enflammé, magnifie les thèmes et les modernise.

En janvier 59 donc, Chico Hamilton réenregistre la suite avec la bande habituelle ainsi que son vieil ami Buddy Collette. Paul Horn, Fred Katz, Jim Hall et Carson Smith, sur des arrangements de Carson Smith, développent les mêmes thèmes mais de manière plus consensuelle pour l’époque. Le disque sort la même année sous l’étiquette World Pacific.

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Quatrième épisode de la saga : Entre temps, Chico Hamilton, avec Dolphy, Gershman, Dennis Budimir à la guitare et Wyatt Ruther à la basse, part chez Warner Bros et enregistre trois albums, With Strings Attached et Gongs East en 58 et The Three faces of Chico en 59. Gongs East est un bon disque dans le style jazz de chambre, celui avec les cordes est swingant avec une bonne approche cordes-quintet. Le Three Faces est le moins bon du lot, un tiers des faces est chanté par Chico et c’est plutôt anecdotique, un autre tiers est dévolu aux solos de batterie et le troisième, le meilleur, au fameux quintet.

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En mai 59, Hamilton grave pour le label (confidentiel) Sesac That Hamilton Man, son dernier album avec le quintet « dolphyen ». Il est dans la même mouvance que Gongs East et tient la route, malheureusement la courte durée des morceaux laisse peu de place aux solos.

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C’en est fini du Chico Hamilton Quintet west coastien. Bien que les deux albums suivants gravés pour Columbia, avec Nathan Gershman au violoncelle et Charles Lloyd qui fait son apparition au saxophone et à la flûte, restent parfois dans le ton « hamiltonien », le quintet évolue doucement et prend l’air du temps, plus d’envolées au saxophone et des pointes « un peu free ». En novembre 1960, sur des thèmes issus de comédies musicales, Bye Bye Birdie-Irma la douce annonce le début du changement puis The Chico Hamilton Special, encore plus moderne, sonne le glas de cette histoire et met fin à un quintet aussi intéressant qu’original. Dans le futur, Chico Hamilton abandonne le violoncelle pour le trombone et tout change !

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