Max Romeo & The Upsetters / War Ina Babylon

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Cela fait 40 ans déjà que cet album incontournable de Max Romeo est sorti. Paru à l’époque sur Island Records, le label de Chris Blackwell, cet album reste à ce jour l’un des plus emblématiques du reggae roots. Enregistré au légendaire studio Black Ark en 1976 aux côtés de Lee « Scratch » Perry, War Ina Babylon demeure un classique intemporel qui a totalement occulté le reste de la discographie de Max Romeo.
Max Romeo, de son vrai nom Maxwell Livingston Smith, est né le 22 novembre 1944 en Jamaïque. Plus jeune, il voulait devenir prêcheur ou chanteur, il deviendra finalement l’un des meilleurs représentants du reggae roots. Malgré l’orientation salace et grivoise de ses premières productions (l’album A Dream paru en 1969, et plus particulièrement la chanson Wet Dreams) qui lui donneront une image de séducteur, Max Romeo a toujours été un artiste fortement engagé dans la politique. Il a notamment fait campagne pour Michael Manley (alias Joshua) du PNP, allant même jusqu’à lui dédier la chanson Let The Power Fall en 1971, avant de faire marche arrière et de le dénigrer sur le réprobateur No Joshua No en 1973. L’album qui nous intéresse ici est le quatrième album studio de Max Romeo. War Ina Babylon, sorti en 1976 sur le label Island Records (et sur le label Federal en Jamaïque) représente l’apogée de sa collaboration avec Lee « Scratch » Perry, qui a commencé au début des années 1970 avec des titres comme Three Blind Mice ou Public Enemy Number One. L’album Revelation Time (réédité par Blood & Fire sous le nom Open The Iron Gate), qui est déjà un album politique, contient pas mal de morceaux produits par Lee Perry, mais War Ina Babylon est le premier album de Max Romeo intégralement enregistré au Black Ark, le studio qui accouchera en quelques années (Lee Perry mettra le feu au studio en 1979) de nombreux albums cultes tels que Heart Of The Congos des Congos, Party Time des Heptones ou encore Police & Thieves de Junior Murvin (tous les trois parus en 1977). La patte de « Scratch » est bien présente et on reconnaît immédiatement le son très moderne et caractéristique du Black Ark. Lee Perry a également co-écrit la quasi-totalité des chansons. Du côté des musiciens, on retrouvé évidemment les Upsetters, qui sont d’ailleurs crédités sur la pochette. A la fois social, politique et baigné de philosophie rasta, Max Romeo contribue au développement du « conscious reggae » avec ce War Ina Babylon, un album exceptionnel qui reste aujourd’hui encore la plus grosse vente de la carrière de Max Romeo. Néanmoins, ce dernier ne touchera jamais de royalties, ce qui le poussera à déclarer la guerre à Island Records en ressortant ses chansons sur son propre label Charmax. La pochette représentant une femme en pleurs est signée Tony Wright, à qui l’on doit également les magnifiques illustrations des albums Sinsemilla de Black Uhuru (1980), Haile I Hymn d’Ijahman (1978) ou encore Man From Wareika de Rico Rodriguez (1976) pour en citer quelques-uns.

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Lee Perry au centre, Max Romeo en blanc au premier plan. Photo de Kim Gottlieb-Walker.

Lucifer son of the mourning, I’m gonna chase you out of earth

Les premières notes de l’album nous plongent instantanément dans l’univers musical du Black Ark, reconnaissable entre mille. La qualité des textes, la voix de Max Romeo en parfaite communion avec la musique et les chœurs impeccables font de One Step Forward un énorme classique qui est à l’origine un reproche fait à l’encontre de Michael Manley et de sa politique. Le titre suivant, Uptown Babies Don’t Cry, est le seul titre (avec Stealing In The Name Of Jah) écrit par Max Romeo seul. Sur cette chanson, il met en relief les différences entre les enfants des ghettos qui manquent de tout et ceux des beaux quartiers (« uptown »), qui ne manquent de rien. La chanson suivante est sans doute la plus connue du répertoire de Max Romeo. Se rapportant au climat de violence qui règne en 1972 lors de l’élection générale en Jamaïque, la chanson Chase The Devil voit Max Romeo enfiler un costume de super-héros et s’occuper de satan en personne (« I’m gonna put on a iron shirt, and chase satan out of earth »). Le titre est aussi connu pour avoir été samplé au début des années 1990 par The Prodigy sur leur premier album. Puis vient le morceau qui donne son nom à l’album, War Ina Babylon, un titre emblématique du « conscious reggae » qui, à l’image du No Joshua No quelques années auparavant, est à la base une critique politique et sociale envers Michael Manley. A noter qu’il existe un autre morceau sur le même riddim et issu de la même session, il s’agit de Fire Fe The Vatican, un titre que l’on peut trouver en bonus sur l’album Open The Iron Gate réédité par Blood & Fire. Sur le morceau suivant, Norman, Max Romeo s’en prend aux parieurs (« gamblers ») et fustigent ceux qui en veulent toujours plus. Une fois encore, les arrangements sont superbes et le mix, terriblement moderne pour l’époque, est une preuve du génie de Lee « Scratch » Perry, clairement à l’avance sur son temps. Max Romeo pointe ensuite du doigt la corruption des églises sur Stealing In The Name Of Jah, le deuxième morceau qu’il a écrit seul, chantant dans un style se rapprochant par moments du gospel. Le titre suivant, Tan And See, empreint de philosophie rasta, propose des chœurs féminins composés de Marcia Griffiths et Cynthia Schloss qui répondent à merveille à la voix pure de Max Romeo, et une basse entêtante que les amateurs pourront apprécier dans une version dub de toute beauté présente sur le coffret Arkology (Island Records). Smokey Room fait référence aux séances de méditation et aux ambiances enfumées des sessions d’enregistrement (mention spéciale à la flûte psychédélique dans le fond). L’album se termine avec Smile Out A Style, une chanson sur les difficultés économiques que connaît la Jamaïque.

Verdict

Quarante ans plus tard, War Ina Babylon n’a rien perdu de sa puissance. Abordant des thèmes toujours d’actualité, il reste à ce jour l’un des albums les plus régulièrement cités parmi les meilleurs albums reggae de tous les temps. Il est souvent considéré comme faisant partie de la Sainte-Trinité des productions Black Ark de Lee Perry, aux côtés du Party Time des Heptones et du Police & Thieves de Junior Murvin. Un album essentiel à toute collection de reggae qui se respecte.

Liens : Ecouter l’album War Ina Babylon sur Youtube / Le site Island Records / L’album War Ina Babylon sur le site Backtoblack / Le site officiel du studio Black Ark / Le site officiel de Tony Wright / Le site officiel de Kim Gottlieb-Walker

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4 Comments

  • Alhazdread dit :

    Dans la sainte trinité des albums Black Ark, je remplacerais Party Time et Police and Thieves par Heart of the Congos et Colombia Collie. Party Time est bien mais il aurait pu être tellement mieux. Trop classique…

  • Alhazdread dit :

    Au-delà des classiques Chase the Devil, War Ina Babylon et Three Blind Mice, j’ai toujours eu un faible pour Uptown Babies Don’t Cry. A l’écoute, c’est léger, guilleret même mais le sujet et les paroles sont extrêmement fortes. C’est ça pour moi le reggae, superficiellement de la musique de glander mais dans ses grands moments, transmettre de la bonne humeur et faire danser sur des sujets on ne peut plus sérieux.

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