Omnia / Naked Harp

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Il aura fallu attendre huit ans avant que les hollandais d’Omnia ne reviennent vers un son plus authentique et des compositions plus traditionnelles, comme à leurs origines. La harpe a toujours été un instrument de premier plan dans leur musique et avec ce Naked Harp, les amateurs peuvent enfin profiter d’un album complet dédié à cet instrument féérique.
Le dernier album studio intéressant d’Omnia, Alive!, commence à dater (2007 déjà, mine de rien). Les albums qui ont suivi sont partis dans une toute autre direction, s’éloignant du style pagan folk que le groupe a largement contribué à mettre en avant, et se rapprochant désormais plus de la musique pop/folk commerciale. Le très mauvais Wolf Love en 2010 marquait le début de cette baisse de qualité et d’authenticité au profit d’une audience plus large, tendance qui continuera avec Musick And Poetree l’année suivante, et dernièrement Earth Warrior en 2014. Certains titres et clips semblent plus lorgner du côté du groupe cool pour ados que du côté traditionnel et sauvage des premiers albums. On est loin des excellents Crone Of War, Pagan Folk ou Alive! par exemple. C’est donc avec plaisir qu’on accueille ce Naked Harp, qui renoue avec le son plus traditionnel de leurs débuts, et qui donne la part belle à Jenny Evans-Van Der Harten. C’est un album de harpe solo à l’image de l’EP Beltaine, sorti au début des années 2000 et introuvable aujourd’hui. L’album a été enregistré et mixé au studio Orchus par Fieke Van Den Hurk, membre du groupe pagan folk Cesair. Puisant à la fois dans les airs traditionnels (irlandais, anglais, français, …) plus ou moins connus et dans le répertoire de Turlough O’Carolan (1670-1738), un joueur de harpe irlandais réputé cher à Jenny, ce Naked Harp offre également certaines compositions originales de Jenny Evans-Van Der Harten comme Love Birds ou Jenny’s Tits. Toutes les illustrations ont été soigneusement réalisées par Victoria Francés, une artiste espagnole de Valence pleine de talents.

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Un extrait des magnifiques illustrations de Victoria Francés (ici, Uvil Uvil).

Retour aux sources

On trouve sur ce Naked Harp de très bons morceaux, à commencer par le One Morning In May d’ouverture, une chanson traditionnelle anglaise du 17ème siècle qui a marqué l’enfance de Jenny (sa mère lui jouait souvent cet air). On poursuit avec une autre mélodie traditionnelle, irlandaise cette fois, The Flutterby Set et ses jolies envolées. Arrive ensuite une composition de Turlough O’Carolan, ce célèbre harpiste aveugle irlandais. Son handicap l’amena à parcourir l’Irlande, offrant sa musique à de riches clients en échange d’un gîte et de nourriture. Eleanor Plunkett était l’une de ceux-ci. A l’époque, le joueur de harpe affirmait que beaucoup de ses compositions n’étaient pas de lui, The Fairy Queen viendrait ainsi tout droit du monde féérique. Dil Gaya est une mélodie traditionnelle afghane, pleine de mystère et de charme oriental, qu’on avait déjà croisé dans une superbe version sur l’album Pagan Folk. Le premier grand amour de Turlough O’Carolan s’appelait Bridget Cruise. Venant d’une famille pauvre de fermiers, et elle descendant d’une riche famille de nobles, leur amour ne put jamais voir le jour. Cette chanson empreinte de mélancolie est l’une des favorites de Jenny. Le morceau Jenny’s Tits est une composition originale, une mélodie très dansante typique des gigues irlandaises. La chanson suivante, Planxty Irwin, est une autre mélodie signée O’Carolan, Planxty étant un mot qu’il utilisait pour honorer une personne. Love Birds, une autre composition de Jenny, est dédiée à l’amour et à la nature. En Avant Blonde est une mélodie traditionnelle venant de France, qu’Omnia joue à chaque concert depuis 2003, en introduction à Etrezomp-Ni Kelted. Vient ensuite un Omnia Medley, dans lequel on reconnaîtra entre autres Etrezomp-Ni Kelted, Alive! et An Dro. Anam Cara, qui signifie « soul friend » en gaélique, est une autre composition originale du set. La voix de Jenny fait une brève apparition sur Uvil Uvil, une berceuse (lullaby) venant des îles Hébrides écossaises. Originellement appelée Curach Bridghe ou Bridget’s Coracle, cette chanson raconte l’histoire de trois orphelins perdus en mer sur une petite embarcation, priant la déesse Bridget afin de retrouver leur chemin. On redécouvre Luna, une mélodie mélancolique composée par Jenny, qu’on avait déjà entendue sur l’album Crone Of War, et on termine sur la délicatesse du morceau O’Carolan’s Dream qui semble une fois encore venir tout droit d’un monde féérique.

Un hommage réussi à la harpe celtique

Malgré certaines mélodies un peu plates (Love Birds ou Anam Cara par exemple), l’album est une petite réussite de virtuosité et de sensibilité qui recèle de vraies perles comme The Flutterby Set, Bridget Cruise ou encore Uvil Uvil. Ce Naked Harp est donc une très bonne surprise de la part d’Omnia, dont je n’attendais personnellement plus grand chose depuis les derniers albums.

Liens : Le site officiel d’Omnia / Le site de Victoria Francés / Pour en savoir plus sur Turlough O’Carolan / Pour en savoir plus sur Turlough O’Carolan (en anglais)

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