Perturbator / The Uncanny Valley + Bonus EP

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Après de longs mois d’attente et de teasing de la part du label Blood Music, The Uncanny Valley est donc enfin disponible (depuis le 6 mai pour être précis). Le phénomène Perturbator est de retour et il est grand temps de s’attarder sur le nouvel album, présenté ici dans son édition spéciale (accompagné d’un Bonus EP plus qu’appréciable), du maître de la synthwave à la française.
Quasiment deux années se sont écoulées depuis la sortie de Dangerous Days (chroniqué ici), le précédent album de James Kent alias Perturbator. Cet album ayant rencontré un succès considérable, l’annonce de The Uncanny Valley avait aussitôt créée une attente énorme, et les finlandais de Blood Music ont su largement en jouer à grands coups d’annonces et de teasers. Le label a aussi profité de cet engouement pour presser, au cours de l’année 2015, l’intégralité de la discographie de Perturbator (albums et EPs) en LPs et CDs. Mis à part Dangerous Days, tous les autres albums et EPs étaient jusque-là uniquement disponibles en téléchargement. The Uncanny Valley est disponible dans différents formats (LP, CD, cassette), et nous allons nous intéresser à la « Special Edition » (et plus particulièrement le coffret 3 vinyles). L’objet se présente sous la forme d’un élégant coffret noir avec pour illustration un pentagramme inversé au centre duquel se trouve le titre de l’album. A l’intérieur, on trouve évidemment l’album The Uncanny Valley (un généreux double LP) et sa superbe pochette, mais également le Bonus EP, exclusif à la « Special Edition ». Le coffret contient aussi un autre bonus intéressant, à savoir la présence d’un roman graphique de 16 pages au format LP (28 pages pour le format CD) signé Ariel Zucker-Brull. L’album tire son nom de la théorie de la « vallée dérangeante » (« uncanny valley » en anglais), une théorie scientifique de Masahiro Mori selon laquelle plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses. The Uncanny Valley est dans la continuité de Dangerous Days, l’histoire se déroule 24 ans après la guerre contre les machines, et on abandonne les ruelles sombres de Nocturne City au profit des allées futuristes de Neo Tokyo. Les principales inspirations pour cet album sont à chercher du côté du Japon, avec notamment Akira, le célèbre manga de Katsuhiro Otomo (qui a aussi réalisé le film d’animation de 1988), mais aussi Ghost In The Shell, un autre excellent manga cyberpunk que l’on doit à Masamune Shirow. On retrouve également une forte influence des films d’horreur tels que Suspiria de Dario Argento (1977) et également des films de science-fiction comme Blade Runner de Ridley Scott (1982) et sa magnifique Bande Originale signée Vangelis.

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James Kent alias Perturbator incarne le Night Driving Avenger. Photo de David Fitt.

The Uncanny Valley

The Uncanny Valley démarre très fort avec un Neo Tokyo sombre et brutal qui rappelle le Perturbator’s Theme qui ouvrait Dangerous Days. Le nom de la ville est une référence évidente au manga post-apocalyptique Akira. Ces basses saturées, ces nappes de synthés eighties, ce style sombre et violent, on reconnaît la patte de l’artiste dès les premières secondes. Le tempo se calme un peu sur Weapons For Children, un très bon morceau largement inspiré des bandes originales de vieux films d’horreur des années 1980. Death Squad, et son beat robotique, est très réussi lui aussi. Highway Superstar rejoint ensuite Perturbator sur Femme Fatale. Ambiance jazzy et atmosphère « néo-noir » pour ce morceau qui semble sortir tout droit de la B.O. de Blade Runner. L’inspiration est flagrante, et le bruit de la pluie qui tombe au début de morceau rappellera aux cinéphiles l’une des meilleures scènes du chef d’œuvre de Ridley Scott. Sur le morceau suivant, Venger, on retrouve la voix de Greta Link qu’on avait déjà pu entendre sur l’album I Am The Night. Arrive ensuite Disco Inferno, une excellente composition avec une ligne de basse ultra saturée et délicieusement funky et de terribles breaks à base de sons de cloche menaçants. She Moves Like A Knife balance un beat violent baigné de grosses nappes de synthés rétro, classique mais efficace. Hayley Stewart, déjà présente sur l’album précédent, accompagne Perturbator sur Sentient, second single de l’album. Il existe pour ce morceau un magnifique clip tout en pixel art réalisé par Valenberg (visible ici). Diabolus Ex Machina est une autre tuerie au beat bien violent, parfait mélange d’électro moderne et de sonorités eighties. Assault, dont on avait eu un aperçu lors du premier teasing de l’album, est un morceau en deux parties au final explosif ! The Cult Of 2112 est un autre morceau bien dark qui rappelle beaucoup le remix que Perturbator avait fait du Behemoth de Gost. On retrouve d’ailleurs les mêmes incantations en début de morceau. Souls At Zero, sur lequel on trouve Astronoid en featuring, est une composition atmosphérique, plus dans la lignée des premiers albums et EPs de Perturbator. Le morceau se termine sur un sample issu du chef d’œuvre Freaks de Tod Browning (1932), les connaisseurs auront reconnu la scène de la fête du mariage. S’ouvrant sur de jolies nappes de synthés et un beat eighties, The Uncanny Valley met un terme à ce nouveau chapitre des aventures du Night Driving Avenger.

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Bonus EP

Cette « Special Edition » est donc accompagnée d’un Bonus EP, sorte d’épilogue qui prolonge l’expérience de The Uncanny Valley avec sept titres dont quatre inédits. On démarre donc avec trois morceaux qui n’ont pas trouvé leur place sur l’album principal, mais qui le complètent à merveille : Vile World et son atmosphère rétro-futuriste très eighties, The Church et ses superbes sons d’orgue d’ouverture et enfin Consecration, un morceau « planant » plein de nappes de synthés qui rappelle les débuts de Perturbator. Les deux titres suivants, Hard Wired et Venger, sont des versions instrumentales bienvenues de morceaux déjà connus. On a ensuite droit à une version chiptune irrésistible du morceau Future Club qu’on avait déjà pu apprécier lors de l’annonce du Bonus EP. Et pour terminer, l’impressionnant VERS/US, une démo inédite d’excellente facture.

Conclusion

Avec ce nouvel album, Perturbator confirme son statut de maître de la synthwave à la française. Les compositions sont excellentes, proposant des morceaux survitaminés aux côtés de compositions plus calmes et atmosphériques, et l’ensemble a gagné en richesse et en profondeur. The Uncanny Valley est d’ores et déjà un indispensable et le Bonus EP présent dans cette « Special Edition » l’est, à mon avis, tout autant !

Liens : Le site officiel de Perturbator / La page Bandcamp de Perturbator / La page Soundcloud de Perturbator / Le site Blood Music / Le blog d’Ariel Zucker-Brull

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