The Fugees / The Score

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Il y a un peu plus de 20 ans, le 20 février 1996 exactement, sortait cet album qui allait devenir un classique du rap East Coast. Ecoulé à plus de 6 millions d’exemplaires aux Etats-Unis (et plus de 17 millions dans le monde), The Score a définitivement contribué à faire des Fugees un des groupes de hip hop les plus populaires et les plus emblématiques de son époque.
Dans les années 1980, Lauryn Hill, originaire de East Orange dans le New Jersey, fonde, avec l’aide de son ami Prakazrel « Pras » Michel (originaire de Brooklyn), le groupe Tyme, première incarnation de ce qui deviendra plus tard les Fugees. Ils sont rejoints en 1989 par le haïtien Wyclef Jean, cousin de Pras, et le trio forme alors le groupe The Rap Translators (on trouve parfois le terme Tranzlator Crew, mais ce n’est pas le nom sous lequel le groupe se produisait à l’époque, en revanche on le retrouvera sous le nom Fugees sur la pochette de leur premier album). Afin d’éviter tout conflit avec un autre groupe portant le même nom, ils changent encore une fois peu avant la sortie de leur premier album pour devenir finalement les Fugees (dérivé du mot anglais « refugees », en référence aux origines caribéennes des membres du groupe). Le premier album du groupe, Blunted On Reality, paraît donc en 1994 sur le label Ruffhouse, un label indépendant au sein de Columbia Records. Avec le recul, c’est un très bon album, mais à sa sortie, il n’a pas connu un gros succès tant au niveau critique que commercial, et ce malgré les deux excellents singles, Nappy Heads (Remix) et Vocab, un étonnant et très réussi morceau de rap acoustique. L’album ne reçoit donc pas le succès escompté mais Ruffhouse sent le potentiel indéniable du groupe, et décide de les soutenir pour la suite. The Score, qui sera enregistré au cours de l’année 1995, puise dans de nombreux genres musicaux comme la soul, le reggae ou encore la musique folk, sans oublier la base fondamentale, le hip hop. L’album dépasse largement le cadre habituel des standards de rap en utilisant des samples peu communs, à l’image du morceau Boadicea signé Enya sur Ready Or Not, et s’illustre avec des reprises comme Killing Me Softly de Roberta Flack ou No Woman, No Cry de Bob Marley. Dès sa sortie, The Score rencontre un succès immédiat, mais c’est seulement à partir de la sortie du single Killing Me Softly en mai 1996 que l’album atteindra son statut de classique, devenant six fois disque de platine l’année suivante. Les Fugees remportent également deux Grammy Awards en 1997 dont celui du meilleur album de rap, et de la meilleure prestation vocale RnB pour Killing Me Softly. L’album est aujourd’hui encore considéré comme un classique de la culture hip hop. Malheureusement, le groupe se sépare en 1997. On ne connait pas les raisons exactes mais un conflit entre Lauryn Hill et Wyclef Jean semble en être à l’origine. Les trois artistes continueront chacun leur route de leur côté. Lauryn Hill sortira l’excellent The Miseducation Of Lauryn Hill deux ans plus tard, en 1998, un album plus orienté soul qui connaîtra un succès considérable. De son côté, Wyclef Jean connaîtra aussi un petit succès avec son premier album solo, The Carnival, sorti en 1997.

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Wyclef Jean, Lauryn Hill et Prakazrel « Pras » Michel.

Ooh La La La

L’intro est assurée par Ras Baraka, fils du poète Amiri Baraka et également maire actuel de Newark, New Jersey. Il fustige les « wannabe gangsters » dans un texte où il réussit par la même occasion à citer quasiment tous les titres de l’album. L’album commence pour de bon avec How Many Mics, sur lequel Lauryn Hill ouvre le bal avec un flow assuré, suivi d’un Wyclef Jean lui aussi très convaincant, avant de terminer sur le débit saccadé caractéristique de Pras. Construit autour d’un sample d’Enya (issu du morceau Boadicea), Ready Or Not, qui sera le troisième single de l’album, est un immense succès et nous prouve au passage que Lauryn Hill est autant à l’aise pour chanter que pour rapper. Le morceau Zealots s’ouvre sur un Wyclef Jean très inspiré par Willie Williams et son hit légendaire Armagideon Time. Les Fugees offrent une très bonne prestation sur ce beat qui utilise un sample d’un vieux classique de soul de 1959, I Only Have Eyes For You des Flamingos. Sur le titre suivant, intitulé The Beast, le trio condamne le racisme et les brutalités policières. Vient ensuite le premier morceau qui a été enregistré pour cet album et qui fera également office de premier single, celui autour duquel l’ensemble du LP est construit. Produit par ni plus ni moins que Salaam Remi (que l’on retrouvera par la suite à la production des albums Frank et Back To Black d’Amy Winehouse), Fu-Gee-La est un incontournable qui s’inspire brillamment du morceau Ooh La La La de Teena Marie (1988) dont il s’approprie définitivement le refrain. Sur un beat construit autour d’un air de guitare hispanique issu du morceau Recuerdos De La Alhambra (de Francisco Tarrega et John Williams), le trio, accompagné des guests Omega et John Forte, signe avec Family Business un morceau très efficace dont les paroles dénoncent la perfidie de ce monde et soulignent l’importance de la famille. Les Fugees remettent ensuite au goût du jour un classique soul de 1973 signé Roberta Flack, Killing Me Softly. Superbement interprété par Lauryn Hill et ponctué des « One Time, Two Times » de Wyclef Jean, le titre est un immense succès qui contribuera à faire de Lauryn Hill une véritable star. Le morceau suivant, The Score, propose un beat assez sombre (basé sur un sample du morceau Dove de Cymande), caractéristique du style East Coast, ponctué de samples d’autres titres de l’album. La prestation de Pras est terrible sur cette chanson et on trouve Diamond D en guest sur le dernier couplet. The Mask est un autre bon morceau avec un beat épuré typiquement East Coast lui-aussi, fait d’une basse planante et d’un sample jazzy. Sur l’excellent morceau Cowboys, les Fugees partagent le micro avec des membres d’Outsidaz (Pacewon, Rah Digga et Young Zee). Petit tour du côté de la Jamaïque avec une reprise du fameux No Woman, No Cry de Bob Marley, Trenchtown se voyant ici remplacé par Brooklyn par Wyclef Jean qui livre une bonne prestation en tant que chanteur. Wyclef Jean, Lauryn Hill et Pras terminent sur Manifest, un bon morceau où l’on peut entendre un sample de Rock Dis Funky Joint des Poor Righteous Teachers, un autre groupe de hip hop du New Jersey.

Conclusion

Vingt ans plus tard, The Score reste un album incontournable qui a connu un succès considérable bien au-delà de la sphère hip hop, notamment grâce à la fameuse reprise de Killing Me Softly, qui propulsera Lauryn Hill au rang de superstar. Musicalement , l’ensemble de l’album est toujours aussi convaincant, pas spécialement novateur mais terriblement efficace, c’est sombre, épuré, organique, bref typiquement East Coast.

Liens : Le site officiel de Lauryn Hill / Le site officiel de Wyclef Jean / La chaîne Youtube VEVO des Fugees / Un article intéressant sur l’album The Score 20 ans plus tard / Un autre article intéressant sur les Fugees

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